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mercredi, 06 janvier 2010

L’ACTIVITE VINS DU MONDE EST-ELLE COMPATIBLE AVEC LE CONCEPT DU « DEVELOPMENT DURABLE » ?

Claude Gilois & Ricardo Uztarroz


La société Vins Du Monde est connue comme la spécialiste des vins étrangers en France. Elle en importe d’une trentaine de pays dont le plus lointain est la Nouvelle Zélande.


Le développement durable : une définition


C’est un mode de développement économique cherchant à concilier le progrès économique et social avec la préservation de l'environnement, considérant ce dernier comme un patrimoine à transmettre aux générations futures. Le principe du développement durable consiste à développer ses activités en tenant compte de leurs impacts à court, moyen et long terme sur l'environnement, les conditions sociales et l'éthique et ce, au niveau mondial. Ce concept repose sur la nécessité de préserver les ressources pour les générations futures tout en maintenant un objectif de croissance.L'agriculture biologique et raisonnée, le commerce équitable, les marchés des énergies renouvelables sont des activités de développement durable.
Disons le tout de suite cette définition est loin de faire l’unanimité mais elle fera l’affaire pour notre démonstration et nous reviendrons sur ses limites en conclusion.


L’empreinte carbone


A l’intérieur de ce concept de développement durable, l’empreinte carbone des activités humaines est devenue sans doute la principale préoccupation car il est indéniable, aujourd’hui, que la planète fait face à un réchauffement climatique qui menace à moyen terme la survie de l’espèce humaine.


Comment avoir un effet neutre en carbone sur notre environnement ?


L’idée d’un « prix à payer » pour les émissions de gaz à effet de serre a fait son chemin depuis la création du concept de « bourses du carbone » en 2002 [1] dont les lignes directrices sont détaillées dans le protocole de Kyoto. Fixée à l’origine pour des sociétés émettrices de grosses quantités de gaz à effet de serre, le concept s’est petit à petit entendu aux produits manufacturés, à l’agriculture, à l’élevage et aux activités de services.


Il est donc possible, soit d’échanger des quotas d’émissions entre les entreprises émettrices sur les marchés des bourses du carbone ou d’acquitter une somme, souvent encore facultative, quand celle-ci peut être calculée pour déterminer le montant de l’empreinte carbone sur l’environnement.


Les compagnies aériennes par exemple proposent à leurs clients de payer un montant supplémentaire, basé sur cette valeur de marché de la tonne de carbone, pour « compenser les émissions » générées au cours de leurs voyages. Ces sommes sont ensuite versées à des organismes pour être investies dans des programmes de réduction d’émissions de C02 (plantation d’arbres, migration vers des techniques moins polluantes etc…) de telle façon que votre voyage n’a aucun impact carbone sur l’environnement. Nous ne connaissons pas aujourd’hui l’efficacité réelle de ces programmes de compensation.


Le montant de la tonne de carbone fluctue suivant le marché et nous avons pris une valeur de 22€ par tonne pour cette étude[2].


Toute personne ou société peut de cette façon s’interroger sur l’impact carbone de ses activités. La société Vins Du Monde parce qu’elle importe de pays lointains, qu’elle exerce une activité plus ou moins directement liée à la terre, et qu’elle a en son sein des personnes particulièrement concernées par les problèmes environnementaux se doit de se poser la question sans détour.
L’importation des marchandises Vins Du Monde se fait principalement par voie maritime et par route et jamais par avion car les coûts d’acheminements sont prohibitifs.


L’impact Carbone du transport maritime


Les marchandises sont acheminées du port principal du pays du producteur exportateur jusqu’au port du Havre et sont ensuite tractées par route jusqu’à entrepôt à Bordeaux. Nos achats se font en général FOB[3] donc l’impact du transport routier jusqu’au port du pays de provenance n’est pas pris en compte. Nous faisons charger les conteneurs avec environ 10,000 bouteilles sur les 12,000 possibles pour assurer une sécurité maximum aux employés lors des déchargements. Le poids d’un conteneur est d’environ 15 tonnes et la distance parcourue varie en fonction des lieux de provenance.


Le transport maritime émet 0,00267Kg de C02 [i] par tonne de fioul lourd et par kilomètre parcouru. Connaissant le poids du conteneur et la distance parcourue ainsi que le coût de la tonne de C02 on peut facilement calculer le montant qui faudrait « compenser » pour avoir un impact carbone neutre sur l’environnement. Fixons la distance parcourue à 10,000 kilomètres arbitrairement. Le poids d’un container de 20 pieds est de 15 tonnes. Il faudrait donc s’acquitter d’un montant de 8,81€ pour compenser les émissions de la partie maritime du trajet.
Il faut aussi ajouter à cela la traction du container du Havre à l’entrepôt Vins du Monde à Bordeaux soit approximativement 875 kilomètres. Le coût des émissions de C02 pour un poids lourd est de 0,05 Kg de C02 par tonne et par kilomètre. Le poids lourd émet donc 0,66 tonne de C02 et le montant de la compensation s’élève à 14,44€.


Il n’aura échappé à personne que le transport poids lourd est très onéreux en carbone. En effet, il coûte presque deux fois plus cher de faire 815Km par poids lourd que pour effectuer 10,000km par bateau.


Il nous faut « compenser » d’un montant total de 23,25€ pour avoir un effet neutre sur les émissions de C02 soit 0,002325€ par bouteille. Cet impact est donc négligeable sur le cout des opérations de Vins du Monde.


Supposons maintenant que pour arrondir les fins de mois de Vins Du Monde, nous développions une activité : Fruits et Légumes du Monde et que nous allions acheter 15 tonnes de haricots verts dans un pays à 10,000 kilomètres de distance. Là, par contre, comme c’est une denrée périssable il faut acheminer nos quinze tonnes par avion cargo long courrier. Un long courrier émet 0,94Kg de C02 par tonne et par Km.


Le coût de la compensation s’éleve 3 102€ soit une majoration de 0,2068€ sur le prix de revient du kilo de haricots.


L’impact n’est plus neutre même s’il peut encore être considéré comme supportable mais attention les marges bénéficiaires se calculent avec des coefficients multiplicateurs on va donc vite atteindre une majoration du prix de vente qui n’est plus supportable.


Il est aussi certain que la tonne de carbone ne restera pas à un prix aussi bas que 22€ à mesure que le la pression du changement climatique se fait sentir sur l’environnement de la même façon que le coût du pétrole augmente au fur et à mesure qu’on se rapproche du peak de production et que la conjoncture mondiale pousse à l’investissement[ii]. Imaginons la tonne de carbone à 100€ [4] alors pour nos achats d’un container de 15 tonnes qui doit parcourir 10,000 Km il nous faudra compenser pour la partie maritime à concurrence de 40€ et 61€ pour la partie traction terrestre jusqu’à notre entrepôt soit une compensation de 101.5 € soit 0,010€ par bouteille. Je pense que la grande majorité des consommateurs serait prête à payer cette somme pour avoir la diversité de la palette aromatique des terroirs du monde dans un verre. Mais qu’en serait-il pour notre filiale Fruits et légumes du Monde et nos haricots verts ? A 100€ la tonne de carbone, la compensation pour le transfert maritime serait de 14,100€ et la compensation du transport routier devient négligeable comparativement à ce montant. Cela ajoute maintenant pratiquement 1€ au prix de revient de notre kilo de haricots vert. Bien cher pour le privilège d’en consommer hors saison car la valeur gustative des produits de l’agriculture courante est beaucoup moins marquée par le terroir que ceux issus de la viticulture !!
Le diagramme suivant est révélateur de l’efficacité des divers moyens de transport en termes d’émissions carbone
[5].

 


Emissions de gaz à effet de serre par mode motorisé, en grammes d'équivalent carbone par passager.km..
Sources :
ADEME, INRETS.

Le transport par bateau est 500 moins fois polluant que le transport par avion moyen courrier mais une voiture roulant à l’essence ou au diesel est aussi polluante qu’un avion moyen courrier. Le train est 33 fois moins polluant que la voiture ou l’avion moyen courrier.
Les transports européens par route.
La quasi-totalité de nos transports européens se font par route en général par quantité de 5 palettes soit 4 tonnes par arrivage sur des distances moyennes de 1500KM jusqu’à nos entrepôt à Bordeaux. La majorité se faisant à partir d’Espagne et d’Italie. Il nous faudrait donc pour « compenser » s’acquitter d’une somme de 30€ soit un montant par bouteille de 0,0020 € pour avoir un effet carbone neutre sur l’environnement. Même à 100€ la tonne de carbone, cela n’ajoute pas un coût significatif à la bouteille de vin (0,008 €).

 


CONCLUSION,

 


Pouvons-nous répondre sans ambigüité que l’activité Vins du Monde est une activité qui répond favorablement au concept du développement durable ?

 


Dans le cade de notre définition sans aucun doute. Par contre, la consommation de denrées périssables qui doivent être acheminées par avion ne l’est plus en l’état actuel des transports.
Mais voilà, la définition est contestée, non sans justifications, par certains des partisans de la « décroissance
[iii]» qui pense que le bien-être des générations futures ne peut être assuré que dans un système de décroissance (ou plutôt une a-croissance) de l’économie et qui trouvent le concept de croissance continue illusoire au regard des limites des ressources de la planète et qu’il y a même urgence à renter le plus vite possible dans un cycle de décroissance. Pour eux, le concept de développement durable est un oxymore[6].
Dans ce cas, l’économie deviendrait plus locale et il faudrait abandonner sans doute une bonne partie des échanges commerciaux qui ont contribués depuis des millénaires au développement de l’humanité.

 


Le débat est ouvert. Le blog est fait pour cela alors réagissez à cet article !

 


PS : Cette étude a été réalisée dans le cadre de la préparation de la société Vins Du Monde à la certification environnementale ISO 14001.

 

 


[1] Un tel marché peut exister au niveau national ou international si les droits sont rigoureusement de même nature. Il existe en fait plusieurs bourses à Carbone. Seule l’Union européenne a établi des règles contraignantes alors que les USA, la Chine et la Russie, non signataire du protocole de Kyoto, se sont donc, de facto, exclus de ce système de régulation.

[2] Pour plus de renseignement sur la marché du CO2 consulter « qu’est-ce que le prix » du C02 de Jean-Marc Jancovici : http://www.manicore.com/documentation/serre/prix_CO2.html

[3] Free on Board.

[4] Le prix de la tonne de carbone est de 109 € en Suède actuellement.

[6] On dit qu'une expression est un oxymore (ou dite « oxymorique ») lorsqu'elle met côte à côte deux mots ayant des sens opposés et aboutissant à une image contradictoire.


[i] Origines des données utilisées : Observatoire de l’Energie et Jancovici.
[ii] La vie après le pétrole : De la pénurie aux énergies nouvelles.2005. ISBN-10: 2746706059. ISBN-13: 978-2746706057
[iii] Petit traité de la décroissance sereine. Par Serge Latouche. 2007. ISBN-10: 2755500077. ISBN-13: 978-2755500073.
III La Décroissance pour tous.de Nicolas Ridoux2006. ISBN-10: 2841901556 ISBN-13: 978-2841901555

Commentaires

Bonne année tout d'abord,
Votre étude est un vrai délice pour un prof-auteur de marketing international spécialisé en vin et agro-alimentaire. Avec votre accord et dés que j'aurai un peu de temps, je vais reproduire votre article sur mon blog et en faire une belle étude de cas pour les étudiants en commerce international. Je sens que cela va faire un tabac, pour rester dans le domaine alimentaire.

Écrit par : Elisabeth Poulain | jeudi, 07 janvier 2010

la compensation est selon moi une hypocrisie pour compenser plus, mais la principale interrogation quand à votre texte se situe plutôt dans le paragraphe sur le chargement des conteneurs où vous prétendez acheter vos vins par quantité de 10 000 cols. en dehors de qq produteurs comme l'argentin catena, je doute fort de cette affirmation, principalement en ce qui concerne vos vins en provenance d'Inde ou du Brésil. Quant à votre logique écologiste, j'apprécierai qu'elle aille au-delà de la posture et que vous nous annonciez un engagement à développer le fret ferroviaire puisque la majorité de vos vins viennent d'Italie, d'Espagne, d'Autriche, d'Allemagne et du Portugal

Écrit par : Gueller | vendredi, 08 janvier 2010

Impressionnant mon amis Claude, une étude de marketing y surtout un raisonnement implacable sur les coûts pour acheminer des produits dans le monde et surtout reconnaitre les société comme Vins du Monde qui se préoccupe de cela. Ma question. le consommateur connait le coût de transport et répercutions qui paye pour consommer un produit périssant qui vient de l'opposée du monde? cela devrait être mis sur les étiquettes, le montant qui coute cela.

salutations

antonio

Écrit par : Antonio Sorgato | vendredi, 08 janvier 2010

Bonjour,
Meilleurs vœux à vous aussi.
Quand vous êtes prêt à faire travailler vos petits étudiants contactez-moi. Je vous donnerai les programmes de calcul sous Excel pour vous mais pas pour les étudiants bien sur qui devront cogiter un peu !!
Cordialement

Claude Gilois

Écrit par : Claude Gilois | lundi, 11 janvier 2010

Bonjour,
Meilleurs vœux à vous aussi.
Quand vous êtes prêt à faire travailler vos petits étudiants contactez-moi. Je vous donnerai les programmes de calcul sous Excel pour vous mais pas pour les étudiants bien sur qui devront cogiter un peu !!
Cordialement

Claude Gilois

Écrit par : Claude Gilois | lundi, 11 janvier 2010

Bonjour,

La compensation est une réponse capitaliste à un problème créé justement par cette société qui ne dépend pour son existence que son l'accumulation du capital et son corolaire la marchandise. A ce titre elle est hypocrite!! Si on ne dépend que de la taxe carbone pour régler les problèmes du dérèglement climatique alors c’est mal pari !!
Tout nos container sont chargés sur palettes donc ils sont déchargés par Fenwick et ne sont donc pas charger en vrac. Les vins d'indes et du Brésil qui parfois ne font pas un container complet sont chargés en container de groupage sur palettes.

Nous allons regarder le fret ferroviaire mais je doute qu'il soit suffisamment développé en Europe pour apporter une réponse adéquate. Plus intéressant serait la redynamisation de certains ports (Bordeaux, Liverno, Oporto etc) pour transporter des petites quantités de fret par bateaux plutôt que par route.
Cordialement

Claude Gilois

Écrit par : claude Gilois | lundi, 11 janvier 2010

j'apprécie votre opinion sur le fait que la compensation n'est pas LA solution et sur les avantages du transport en bateau pour des denrées non-périssables. par provocation, on pourrait dire qu'il ne faudrait consommer que des vins de bords de mer ou de bords de fleuve ce qui serait regrettable pour les vins argentins.
Néanmoins, je persiste à dire que la société vins du monde ne fait que profiter d'un état de fait (le transport maritime du vin par container complet) et n'a pas d'actions propres en faveur de l'environnement. Par voie de conséquence, cet article aussi bien construit soit-il, n'est qu'une simple posture environnementaliste à vocation publicitaire

Écrit par : Gueller | mardi, 12 janvier 2010

Bonjour,
Je viens de mettre en ligne sur mon blog l'étude de cas sur votre analyse, avec déjà quelques questions et réponses induites. A voir les arguments développés par certains, je vais rajouter plusieurs questions sur le fret ferroviaire, la dynamisation de petits ports, la question fondamentale de la compensation et le prix final du vin ...
Les questions déjà posées:
1. L'activité de VDM
2. Le trajet Nouvelle-Zélande-Bordeaux
3. Le transport visé par VDM
4. D'autres parties de transport visées
5. Comparaison vin-haricot vert
6. Autres activités viti-vinicoles touchées par le DD
7. Les effets du DD sur l'exportation, la vente en bouteille...
8. Un vin de Nouvelle-Zélande
9. Le pourquoi de cette question

Écrit par : Elisabeth Poulain | mercredi, 10 mars 2010

Les commentaires sont fermés.

 
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