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jeudi, 17 novembre 2011

SUR LA PISTE DES ORIGINES DU ZINFANDEL:Une énigme enfin élucidée


Claude Gilois en collaboration avec Ricardo Uztarroz

 

Zinfandel, plavac mali et primitivo : un seul et même cépage sous trois noms distincts ?

 

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Très vieux cep de vigne de Zinfandel au vignoble de Lyttons Spring en Californie vinifié par Ridge 

Des similitudes dans les caractéristiques organoleptiques respectives du zinfandel de Californie, du plavac malic de Croatie et du primitivo du  sud de l’Italie, incitèrent en effet à penser, au prime abord, que ces cépages n’en étaient en réalité qu’un.  Pourtant rien n’était moins évident quand on ne s’en tenait pas qu’aux apparences.

Une quarantaine d’années d’un véritable et méticuleux travail de détective,  d’analyses et de recherches menées par à la fois par des scientifiques, des ampélographes et des historiens, ont finalement permis d’élucider l’énigme des origines du zinfandel… Leurs conclusions confirment et… infirment, à la fois, ce qu’on l’on subodorait.

De plus, cette traque interminable, riche en rebondissements, a eu comme conséquence de conférer au zinfandel un statut quasi mythique dans cette quête des origines des principaux cépages utilisés aujourd’hui dans le monde qui mobilise et passionne l’oenologie contemporaine.

 

Un premier indice sur l’origine du zinfandel:

 

Une origine californienne de ce cépage était plus qu’improbable,  pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait pas de Vitis Vinifera sur le continent américain avant l’arrivée  des Conquistadores espagnols au Mexique, en avril 1519. Ce sont eux qui l’ont introduite.  Or, ce qui laissait perplexe, c’est que le zinfandel n’est pas un cépage espagnol, ni même européen.

Une découverte dans la littérature spécialisée du XIX° conduisit, dans un premier temps, vers une piste sur une éventuelle origine hongroise. Dans son ouvrage paru en 1820 « Zinfandel : a History of a Grape and its Wines [1], » Charles Sullivan[i] révélait que des ceps de ce plant avaient été importés du jardin botanique impérial de Schőnbrunn à Vienne à une pépinière de Long Island aux Etats Unis. Puis à partir de là, pendant plusieurs décennies, il fut cultivé par des amateurs dans le nord-est des Etats Unis  et vinifié pour être consommé comme vin de table.

C’est un autre  pépiniériste, Frédérick  Macondray, qui décida de l’envoyer en Californie en 1852 sous le nom de zinfandel où, compte tenu de son adaptabilité au terroir et au climat chaud californien, il se développa rapidement pour satisfaire la demande assoiffée des chercheurs d’or de l’époque de leur Grande ruée vers l’Ouest.

Mais sa présence à l’institut botanique de Vienne, à l’époque de la splendeur de l’empire austro-hongrois qui incluait aussi la Croatie, ne constituait pas en soi la preuve d’une possible origine magyare.

 

 Zinfandel et primitivo : un seul et même cépage ?

 

Une avancée majeure dans l’identification de son origine intervint qu’en 1967, quand le Dr Austin Goheen, un scientifique de l’Université œnologique californienne de Davis (UC-Davis) en visite dans la région italienne de Puglia, goûta par hasard un vin local appelé primitivo qui lui rappela fortement le zinfandel. Il demanda alors à voir les vignes et en conclut que le zindandel et le primitivo étaient très certainement le même cépage avec deux noms différents.

Pourtant cela ne résolvait en rien l’origine du premier. Aucune archive italienne ne mentionnait le primitivo comme un cépage autochtone italien et les recherches génétiques confirmèrent que le celui-ci ne faisait pas partie du patrimoine ampélographique de la péninsule.  On échafauda alors toutes sortes de théories, toutes plus improbables les unes que les autres[ii]. 

 

ADN et le séquençage génétique :

 

Confirme: Zinfandel = primitivo

Mais infirment: Zinfanel = plavac mali

 

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           Classic vignoble de Primitivo 

Quelque temps plus tard, à l’instigation de Mike Grgith, un viticulteur de renom d’origine croate et travaillant  en Californie, une nouvelle piste va s’ouvrir : la croate. Loin de faire l’unanimité, elle attira cependant l’attention de scientifiques et, en particulier, celle  du Dr Carole Meridith,  professeur de génétique de l’université de l’UC Davis. En mai 1998, elle fit un déplacement en Croatie sous l’égide de son l’université et de  Faculté agricole de l’Université de Zagreb pour sélectionner 150 échantillons de plavac mali provenant de 40 vignobles différents.

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Mike Grgith from Grgitch Hills Cellar in Rutherford in California

Les analyses effectuées à l’université de UC Davis allaient confirmer que le plavac mali et le zinfandel étaient des cépages différents, mais qu’ils étaient néanmoins étroitement liés, soit comme parents ou comme descendants l’un de l’autre. En outre, il apparut qu’ils partageaient aussi des caractéristiques communes avec d’autres cépages croates comme la plavina, le  grk, le crljenak viški et le vranac. La piste croate de l’origine du zinfandel venait donc d’être établie[iii].

 

L’identification de l’ancêtre croate du zinfandel :  un vrai travail de détective:

 

Des recherches génétiques  additionnelles mirent en évidence que le zinfandel était bien le parent du plavac mali. Mais où donc se trouvait le zindandel croate d’origine ?  Où avait-il tout simplement disparu? On lança donc un appel à tous les propriétaires de vignobles pour qu’ils signalent aux universitaires s’il existait sur leurs parcelles de pieds de vignes pouvant être du zinfandel. Il fallu attendre l’automne 2001 pour qu’on découvre à Kaštela une très ancienne variété appelé crljenak katelanški (prononcer: tzurlyenik kashtelyansky). Puis un an plus tard, on découvrit près de la ville d’Omiš la même variété sous le nom de pribidrag. Seuls 25 pieds de ce cépage ont été répertoriés à ce jour[2]. Des recherche historiques furent alors entreprises et montrèrent que la variété  pribidrag était présente en Damaltie depuis au moins 500 ans.

Il ne  restait plus maintenant qu’à identifier le cépage avec lequel la variété pribidrag ou crljenak kastekanški (les deux noms retenus pour identifier le cépage originel du zinfandel) s’était croisées pour obtenir le plavac mali. Des analyses génétiques additionnelles confirmèrent que le pribidrag s’était croisé (sans doute naturellement) avec  le dobričić (prononcer: dobritchitche) autre cépage authentiquement croate.

La boucle était enfin bouclée. On avait rendu à la Croatie ce qui n’avait jamais appartenu à la Californie...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Zinfandel, : Un histoire du cépage et de ses vins.

[2]  Aujourd’hui les viticulteurs de Dalmatie ont déjà replanté 30 hectares (200 000 pieds) de pribidrag. Il faudra attendre quelques années pour voir si la qualité de l’ancienne variété est supérieure au plavac mali. Source Plavac Mali. A croatian grape for great wines. ISBN 978-953-55938-0-5.



[i]        Sullivan L Charles (2003) : a history of its grape and its wines University of California Press. Berkeley.

[ii]       N. Mirośević and C.P. Meidith (2000). A review and research of literature related to the origin and identity of the cutivars Plavac mali, Zinfandel and Primitivo (Vitis Vinifera L.) Agriculturae Conspectus Scientificus 65:45-49.

[iii]        Maletić E., Pejić J. Koroglan Kontić, J. Piljac, G.S. Dangi, A. Vokurka, T. Lacombe, N. Mirośević and  C.P. Meridith (2004). Zinfandel, Dobričicć and Plavac mali: The Genetic Relationship among three cultivars of the Damatian Coast of Croatia. Am J Enol Vitic 55 (2):174-180.

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