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mardi, 27 décembre 2011

SINGE EN HIVER

Les consorts, Gilois, Poussier, Uztarroz :

MAIS QUI C’EST CES TROIS GONZES ?


Ricardo Uztarroz  & Claude Gilois

Le tour du monde épicurien des vins insolites

Publication  Arthaud

 

Livre Claude.jpg

 Prix du meilleur livre sur l'Oenotourisme 2010

Prix du 'Livre en Vigne du Clos de Vougoet' 2010

Bien des lecteurs quand ils lisent ce blog, en sirotant un pinot néo-zélandais, un malbec argentin ou encore un carménère chilien (pour ne citer que ceux-là parce qu’ils ont la singularité d’être de l’autre côté de la Terre, l’hémisphère sud pour ceux qui n’auraient pas en première instance pigé) se demandent : «Mais qui c’est ces trois gonzes (argot bordeluche) qui gratouillent des considérations sur les nectars venus d’ailleurs et qu’ils vont parfois chercher comme s’il n’y avait rien de plus urgent dans une existence d’homme? Comme ces trois gonzes sont pour la transparence (un mot à la mode qu’on emploie justement quand on veut cacher quelque chose – ce n’est pas du tout notre cas : nous, on dit ce qu’on a dire ce qui fait dire à certains qu’on ferait mieux de ne pas le dire), ils ont décidé de se montrer au grand jour tels qu’ils sont. Comme ils sont aussi un tantinet paresseux de la plume, ils ont décidé tout simplement de repiquer le portrait qu’avait fait des trois l’un d’eux dans le bouquin (aujourd’hui devenu un grand classique de la littérature avinée dont l’étude est obligatoire dans toutes les facs de lettres surtout à Bordeaux) et dont le titre était tout simplement et explicitement : Tour du monde épicurien du monde des vins insolites (Arthaud). La publication de cet extrait est le premier symptôme d’une mégalomanie naissante (en disant cela, on devance les ragots qui vont suivre – avisés les trois gonzes : les critiques les plus supportables, ce sont celles que l’on  s’adresse soi-même).

 

PS : Elle, c’est une jeune femme aux arrogants tétons  qui se tenait derrière le guichet de la Turkish Airlines, à Roissy, et qui nous avait trouvé l’allure suspecte. Pour en savoir plus, vous n’avez qu’à lire le bouquin, non mais des fois que…

 

Chef sommelier chez Lenotre, reconnu en 2000 par ses pairs comme le meilleur du monde, consultant sollicité et écouté, la quarantaine altière, svelte, taille moyenne, Olivier Poussier, même lorsqu’il s’habille en négligé, parait toujours être sur son trente et un ; conséquence d’une déformation professionnelle sans doute.  Il était vêtu d’un jean impeccable, d’une chemise à petits carreaux bleus fraîchement repassée et d’une veste molletonnée de cavalier.  Ses chaussures anglaises noires, tout cuir, cousues main, étaient immaculées.  Il pleuvinait pourtant dehors.  Comme il se devait, bien que levé aux aurores, il avait pris le temps de se raser de près et, sur son crâne au front largement dégarni, ses cheveux bruns coupés court avaient été minutieusement gominés, lissés et plaqués.

 

 ‘Trop net pour être honnête…’ se dit-elle, heureuse de se découvrir à ce point perspicace.

Il est vrai que lui, retenu par son service, ne s’était pas associé aux libations nocturnes de la veille.  

o_poussier.jpg

 

A la fois sosie de Georges Moustaki et de l’acteur canadien Donald Sutherland, barbe de barde et longs cheveux blancs qui lui tombent sur la nuque en couvrant les oreilles, front dégarni, Claude Gilois semble en permanence indifférent à tout ce qui l’entoure.  Sur les péripéties et contingences quotidiennes, il porte un regard détaché, mais non désabusé, car il a ses passions, et parfois ses colères, rares mais tonitruantes.  Il se meut avec nonchalance, comme s’il était hors du temps, voire de l’espace.  La seule chose qui parait le faire souffrir, ce sont les horaires matinaux.  C’était le cas ce maudit jour.

Il est toujours vêtu de noir.  La seule exception qu’il s’autorise de temps en temps :  une chemise bleu nuit de bonne coupe.  On ne lui a jamais vu une cravate autour du cou, sauf une fois, et en présence d’un seul témoin.  Miass nous tairons pour le moment les circonstances de cette transgression.  Sa silhouette longiligne, légèrement voûtée, suggère un trait vertical en forme de longue virgule dessiné par un calligraphe nippon.

 

Claude Gilois au mont Fuji au Japon.jpg

‘Trop lunaire pour être clair!’ marmonna l’hôtesse en son for intérieur.

 

Enfin, trapu avec embonpoint, béret basque enfoncé jusqu’aux sourcils pour masquer la honte d’avoir sacrifié une longue chevelure broussailleuse vieille de plus de quarante ans, longtemps, il avait peignée en la rejetant en arrière un peu n’importe comment à l’aide de ses dix gros doigts de tueur d’abattoir, nez évoquant la truffe d’un chien, barbe grisâtre de fugitif, teint rougeaud témoin d’un penchant pour les boissons fortes, sourire triste et regard morne derrière de larges lunettes, mais le rire facile, le troisième comparse, scribe de ces lignes, était vêtu d’un pantalon de velours à grosses côtes, d’un col roulé et d’une veste de cuir gras acquise dans l’unique bazar d’un bled perdu de la Pampa, un jour d’un de ces grands vents qui emportent tout sur leur passage.

Le comble : ce troisième larron était chaussé de grossiers Pataugas beiges de broussard, relique du temps des colonies et des guerres qui les accompagnèrent. 

 

Ric Nouvelle Zélande dégustation 1 copia.jpg

‘Trop fruste pour ne pas être louche !’ s’écria-t-elle mentalement, tout en trépignant de joie, toujours mentalement.  Le petit Sherlock Holmes qui couvait en elle venait d’éclore.   

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