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dimanche, 04 mars 2012

Pérégrination de Deux singes en hiver en Australie

DE LA FACETIE TECHNOLOGIQUE A L'AUBAINE D'UN CHAUFFEUR DE TAXI



 

Par Claude Gilois et Ricardo Uztarroz

 

Un jeune, et frais sans doute émoulu de son pays, chauffeur de taxi indien se souviendra longtemps, longtemps encore, de Deux vieux singes qui, avec tous leurs bagages, le hélèrent, l'air hagard, le regard halluciné, et la moue mauvaise, un samedi en début de soirée, juste avant que la fièvre qui caractérise ce moment de la semaine dans les pays anglo-saxons ne s'empare de la ville, devant un bar chic et choc du centre de Sydney alors qu'il venait de déposer trois élégantes, jeunes et pimpantes, qui s'y engouffrèrent, et de l'aubaine que cela fut pour lui.

Avant d'aller plus en avant dans la narration de cette péripétie cocasse bien qu'involontaire, mais justement pour cela pleine d'enseignements philosophiques sur la société moderne et la place qu'occupe une technologie dite de communication (ordinateur, téléphone portable, qui font tout sauf le massage cervical mais malaxent les neurones), il faut préciser que le métier de chauffeur de taxi est monopolisé par les ressortissants de la péninsule indienne, plus exactement du nord-ouest de celle-ci, en Australie. Si c'était des Italiens, le mot mafia, dans son acception originelle et non américaine, viendrait tout de suite à l'esprit. Comme ils ne sont pas Italiens (qui, eux, ont un point commun avec les Indiens d'Inde, celui de peupler une péninsule – cela méritait d'être précisé), on dira qu'il s'agit d'un réseau organisé...

. Le seul probable chauffeur de taxi qui n'était pas Indien de tout le pays, l'un des Deux singes l'a rencontré fortuitement (comme on rencontre tous les chauffeurs de taxi) à Perth : c'était un Albanais qui vivait en Australie depuis 52 ans et dans la capitale de l'Australie occidentale depuis 48 ans. Il conduisait en mangeant une banane... A côté d'un Singe, c'était un tantinet imprudent. Mais le singe sut se contenir. Voyez le titre de lendemain qu'on aurait pu lire dans les journaux locaux s'il n'avait pas résisté à la tentation :

SINGE MANGEANT UNE BANANE.jpg


« Pour une banane, un chauffeur de taxi albanais sauvagement attaqué en plein ville par un vieux singe français; le vieux monde exporte ses tensions ethniques aux antipodes. »

Que vient faire cette histoire de banane, quelques lecteurs amers nous font sûrement le reproche (nous on préférerait avoir des lectrices affables, mais comme ses parents, on ne choisit pas ceux/celles qui vous font la faveur de vous lire), alors que, soulignent-ils ces grognons, les Deux singes qui se baguenaudent dans les vignobles des antipodes, sont censés nous causer de vigne et de vins. Ce blog n'est-il pas dédié à cette plante et au jus qu'on en tire? insiste le grincheux.. Pour le vin et la vigne, la rengaine dit : reportez-vous au site de La revue du vin de France (larvf.com). On ne vous le répètera plus...

Ca se voit que vous ne savez rien sur le rôle occulte qu'a tenu la banane dans l'histoire de l'Humanité, sa responsabilité qu'on nous cache dans les ruptures de certains équilibres géo-stratégiques à certains moments cruciaux. Nous, on le sait en partie grâce à nos déambulations planétaires qui nous ont permis, quand nous attardions, paraphrasant Mac Orlan, dans quelques bars louches donnant sur des quais malfamés de ports improbables, les soirs de brumes, où quelques jeunes femmes outrancièrement maquillées et emplumées enlevaient le peu qui cachait ce qu'elles devaient montrer étant là pour ça, buvant des alcools frelatés de contrebande, fumant des cigares tordus, âpres comme le jus de chaussettes qu'on servait aux poilus avant l'assaut matinal, nos regards ne discernant dans la pénombre que des silhouettes imprécises, de rencontrer des gens qui savaient et qui nous ont mis, en nous susurrant à l'oreille, dans la confidence, mais seulement en partie pour pas se mettre eux en péril.

 

MAC ORLAN.gif


 

TOUT DIRE SUR LA BANANE

 

Nous sommons les autorités mondiales de révéler ce qu'elles savent sur la banane. A côté, les thèses complotistes entourant les histoires du 10+1 S (11 septembre en code viputirien*) ne sont que balivernes. Nous en appelons à une génération de jeunes historiens de, toute affaire cessante, rompre cette omerta insupportable. S'ils ne font pas, nous le ferons... On préfère que ce soit eux qui le fassent parce que s'il y en a qui doivent périr, on préfère que ce soit eux.

Pour revenir à la péripétie du voyage qui nous occupe présentement, nous devons préciser que l'humanité se divise depuis l'avènement de l'informatique en deux grands courants, ceux qui misent tout sur elle, et ceux qui restent fidèles au bout de papier, comme il y a, pour plagier un célèbre poète, ceux qui croient au ciel et ceux qui ni croient pas. Hélas, ce clivage dramatique (papier pas papier et non ciel pas ciel) cause de drames familiaux n'épargne la paire des Deux singes.

Ne nous attardons plus, bien que la vérité sur la banane doit être dite si on veux comprendre l'effort mental que valut à un des Deux singes de ne pas violenter (bien lire violenter, pas violer) son chauffeur de taxi à Perth, afin d'éviter que l'anecdote ne tombe en pure perte (c'est fortiche : Perth, perte). Entrons donc dans le vif du sujet comme le réclame à à cor et à cris le lecteur avide, et sans doute un peu aviné pour insister dans sa lecture.

Dans un voyage, on ne peut pas penser à tout, sachez-le si vous aussi vous vous préparez à boucler votre valise. Nous étions en Tasmanie, la petite sœurette de la grande île, au sud-est de celle-ci, un bout de terre un peu plus étendu que la plus grande des régions françaises, le Midi-Pyrénées. Le temps nous étant compté, pour la quitter, on embarque à Hobart dans un avion pour Sydney plus rapide que le ferry qui fait Davonport-Melbourne. On arrive à destination, on saute dans un taxi, conduit par un chauffeur indien grincheux qui ne mangeait pas de banane, nous ayant sans doute identifier. Un des Deux singes, celui qui croient dans le progrès tandis que l'autre suit le mouvement, donne l'adresse qui devait nous abriter ce soir-là, le 182, rue George, en plein centre. Arrivés à l'endroit indiqué, d'hôtel, il n'y avait point, tout juste un bar aux dimensions disproportionnées, déjà mentionné çi-dessus, pleins de jeunes gens chics parmi lesquels la présence des Deux singes avec leurs bagages était incongrue.

No problemo, il suffit de vérifier dans la petite boite blanche, d'une grande marque dont l'emblème est une pomme et le fondateur est passé de vie à trépas tout récemment – vous n'avez qu'à deviner. Problemo, la petite boite avait sa source de vie (la batterie, crétin!) à plat. Donc cette défaillance l'avait muée en gardienne hermétique d'un précieux secret. Re-problemo, il n'y avait rien à porter de main pour la rendre locace (la brancher, crétin de lecteur), même une obsolète gégène qui en fait causer plus d'un.

 Comment est-ce que c'est-qui s'appelle votre hôtel, qu'il demande le chauffeur qui visiblement en avait marre de tourner au carré dans les rues qui se croisent en angle droit (tourner au carré est un peu un euphémisme, on devrait dire qu'il avait avec ses Deux vieux singes l'impression qu'ils le faisaient tourner en bourrique).

A part ça, faut savoir que le centre de Syndey, en-dehors de son célèbre , opéra, de son non moins fameux pont métallique, se résume en trois rues, la Elisabeth Street qui monte vers le nord, la George street qui fait l'inverse, et la King street qui les coupe à la perpendiculaire. Une fois ça intégré dans vos neurones, on ne peut plus s'égarer dans Sydney malgré ses allures new-yorkaises.

 

VOUD AIMERIEZ ETRE LA HAUT.jpg

Devinez ce qui se trouve là-haut? il faut être singe pour faire ça!!


Tarapata ou, non, Maratapa, ou Taratata, ou Paramatatam, je n'en sais plus rien, moi, ... quelque chose en tout cas comme ça... s'embrouille un des Deux singes.

Pas trâce la moindre des ces noms... Finalement, on sent que le taxi est sur le point de commettre l'irréparable à notre égard : nous étrangler sur le bord du trottoir... Avait-il déglutiné en douce une banane? Alors, on préfère le larguer. Il nous dépose devant le bar chic déjà sus-mentionné. Une solution s'impose à nous, y entrer, sans nos armes mais avec nos bagages, et y solliciter l'assistance d'une prise électrique. Au moment où nous allions franchir la porte grande ouverte au sommet d'une volée de marches, un videur se rue sur nous : qu'est-ce ces vieux routards avec leurs bardas viennent foutre, semer leur m.... On lui explique qu'on sollicite un asile de quelques minutes, le temps de brancher et de consulter... sans quoi il nous restera le trottoir en face pour bivouaquer. Les rares jeunes femmes qui remarquèrent notre fortuite présence ont dû se dire : mais c'est quoi, les deux bois vermoulus qui viennent d'entrer... n'importe quoi... les vagabonds hors d'âge et d'usage... ça vient foutre quoi ici... Nous, nous avions autre chose plus urgente que tenter de les draguer. Alors, on les a ignorées, tout en les z'yeutants d'un air détaché.

La branchitude a du bon, pas celle qui concerne la mode, celle qui concerne les connexions électriques. Une jeune et aimable serveuse nous brancha le cordon derrière le bar en forme de parallépipède de la taille d'une piscine, situé au milieu d'une salle aux dimensions de pampa. Enfin, nous pûmes accéder au secret, l'hôtel n'était pas à Sydney, mais à Paramatta, à 25 bornes de là où nous étions. Il s'était bien gardé de préciser ce détail dans les indications qu'il donnait sur internet concernant la procédure de réservation...

·        - Où est-ce que c'est-y Paramatta, qu'on demande à l'aimable serveuse?

·        - Far away from here, qu'elle nous répond (en bon français, à l'autre bout du monde)

·        Bon, il nous reste plus qu'à y aller. Juste un taxi conduit par un chauffeur indien qui ne mange pas de banane dépote trois élégantes. On saute dedans, avec nos bagages mais sans nos armes que nous n'avons pas au demeurant, et on lui dit :

·        - A l'hôtel Truc-suites, à Paramatta...

·        - Mais c'est au cinq cents diables, qu'il répond éberlué...

·        - Go, go... (vous pigez le jeu de mots)

Et on fonce, et pour être loin, c'était bigrement loin. L'inquiétude nous gagne lorsqu'on traverse cette partie des villes actuelles où se concentrent tous les vendeurs de voitures que Dieu a pu faire. Cette zone précéde l'exil, la relégation, la fin de toute vie urbaine.

Après avoir tourné dans les rues vides de la moindre présence d'un être humain, on a fini par trouver ce putain d'hôtel Truc-suites, un baisse-couillon patenté et certifié. Un des Deux singes se présente à la réception...fait la remarque qu'il est hors des limites de la ville. La remarque est accueillie par un regard vide qui dit ‘parle à mon cul, ma-tête-est-malade’.

·        Le Singe ajoute:

·        - A cette heure-ci, tout semble fermer dans le coin... vous avez un « room-service »... (service de sustentation des hôtes d'un hôtel dans les chambres)

·        - Non..., telle fut la réponse laconique.

·        - Où est-ce qu'on peut croquer alors un morceau?

·        - Pas mon problème...

·        Alors pour éviter un crime de sang, le Singe lança :

·        - On se tire, on retourne à Sydney ou je le saigne à blanc.

Nous sommes retournés à Sydney, le chauffeur était tout sourire. Bien sûr, le compteur se mit à chantonner à son oreille une douce mélopée. Puis on a tourné un bon moment avant de trouver un hôtel qui avait deux chambres libres et que toute la ville semblait festoyer, et pendant ce temps le compteur susurrait une douce mélodie à l'oreille du jeune de chauffeur de taxi indien qui ne mangeait pas de bananes. Quand, enfin, nous trouvâmes l'hôtel et que, lui, jeune chauffeur de taxi indien, présenta la note, son regard brillait d'un étrange et heureux éclat.

Ca pour une aubaine, c'était une aubaine que de rencontrer Deux vieux singes, sur un trottoir du centre, à l'entrée d'un bar chic et choc. Ca, c'était une journée comme il en arrive rarement dans la vie d'un chauffeur de taxi qui ne mange pas de bananes, ni en outre dans la vie de Deux singes qui savent beaucoup sur les bananes et finiront par faire des révélations à leur propos.

Tu sais ce qui m'est arrivé aujourd'hui, a dit très certainement à sa jeune et jolie épouse, enceinte de leur premier enfant, le jeune chauffeur de taxi une fois de retour chez lui à la fin de son service... J'ai rencontré Deux vieux singes paumés... On a fait une longue promenade.

 

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