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lundi, 09 avril 2012

AUSTRALIE-BILAN VINI-VITICOLE


GARE : UNE REVOLUTION TRANQUILLE EST EN MARCHE!


Claude Gilois

Une conclusion vue sous un autre angle  paraîtra prochainement sur le site de la Revue du Vins de France (larvf.com)

Comme en 2005, quand ses vins détrônèrent les français sur le marché britannique, le plus disputé de la planète car sur lequel rivalisent tous les fleurons de la viticulture mondiale, l'Australie pourrait très prochainement surprendre à nouveau les grands pays viticoles.

En effet, une révolution silencieuse dont nous avons pu apprécier les premières manifestations au terme d'un périple d'un mois à travers tous ses principaux vignobles, de la Margaret River Valley à la Hunter valley, en passant par la Frankland River Valley, la McLaren Vale, la Clare Valley, la Barossa, La Coonawarra, la Yarra valley et  la Tasmanie, y est en marche. Gare! sommes-nous tenter de dire, l'australien nouveau va arriver, un australien nouveau plus en harmonie avec les humeurs du consommateur contemporain, d'une plus grande buvabilité, avec moins d'alcool et de densité.

Si le jugement de Paris qui, en 1976, consacra la suprématie des grands californiens sur les grands hexagonaux, avait été ressenti par le petit monde de la viticulture française comme son Trafalgar, la perte de la préférence du buveur d'outre-Manche avait été, elle, vécu comme son Waterloo.

 

A l'époque, bénéficiant en l'occurrence de la complicité tacite des critiques américains aux penchants, bien connus, très marqués en faveur des vins denses, puissants, gorgés de soleil, les grands groupes australiens (Penfolds, Hardy, Yalumba, etc...) qui monopolisaient 75% de la production et la distribution nationale avaient axé leur stratégie de conquête à l'exportation en s'appuyant sur la grande distribution. Des vins moins chers, meilleurs, un étiquetage simplifié et des campagnes promotionnelles particulièrement attrayantes, aboutirent ce spectaculaire succès.

En 1995, l'association professionnelle des viticulteurs ( The Australian Wine Maker A ssociation) s'était fixé un objectif ambitieux baptisé «Stratégie 2025». Elle se donnait 30 ans pour réaliser un revenu de 3,5 milliards d'euros. Il fut atteint en 4 ans. L'Australie était sur orbite et rien ne semblait pouvoir interrompre sa trajectoire.

Dès lors, tout le monde voulut se joindre à cette euphorie, investisseurs en tout genre, notamment les grands miniers ne sachant trop où placer leurs plus-values provenant de la montée en puissance de la Chine, médecins d'Adélaïde, avocats de Sydney, notaires de Melbourne, spéculateurs à l'affût toujours d'une aubaine. Si bien que de 1996 à 1999, on y planta 40 000 h de vignes, l'équivalent des trente années précédentes.

 

 

Le « ver était dans la pomme » ou , plus à propos,«le mildiou dans la vigne’ !!


 

Aucun signe avant-coureurs n'avait permis d'anticiper cet engouement soudain pour le vin australien. Une décennie auparavant, le Vignoble jouait même sa survie. Confronté à une grave crise de surproduction, le gouvernement engagea en 1985 une politique de primes à l'arrachage des  ceps, les plus vieux en particulier, qui reçut un écho favorable jusqu'à qu'un homme, dans la région de la Barossa, un des terroirs les plus prestigieux du pays, Robert, dit Rocky, O'Callaghan, du domaine de Rockford, se dressa contre et fit des émules, contribuant sans s'en douter à la survie, puis à sa résurrection actuelle, de la viticulture australienne.

 

robert o'Callaghan.jpg

Robert 'Rocky' O'Callaghan du domaine de Rockford

Comment en l'espace de dix ans pareil renversement de situation a-t-il pu se produire? D’abord grâce une mécanisation rapide rendue possible par le fait que d'importantes surfaces avaient été plantées en plaine. Ensuite, parce que les grands groupes, financièrement solides, construisirent des chais ressemblant davantage à des raffineries qu'à des « wineries » qui leur permirent de réaliser de substantielles économies d'échelle. Enfin, et surtout,   au recours à des « winemakers » (vinificateurs) particulièrement bien formés dans les universités oenologiques  aux techniques de pointe de la vinification, faisant preuve comme sans doute jamais dans l'histoire de dextérité et mais aussi d'une bonne dose de cynisme dans la manipulation de la matière première, à savoir  le raisin. eux-mêmes placés sous la tutelle, voire la férule, de comptables stricts. Pour la formation de ces derniers, les grands groupes s'étaient attachés en particulier les services de Masters of Wine britanniques. Pour la première fois en matière  viticole, on y appliquait les techniques de l'industrie manufacturière. Le vin industriel était né.

 

Le gigantisme de des l'industrie vinesque.jpg

Une des raffineries australiennes

Ainsi, par exemple, on se fixait d'emblée un prix de vente de la bouteille  sur le marché britannique, qui était leur priorité à ce moment-là, à 3,99 livres la bouteille, ou à 4,99, ou 5,99. A chaque étape de l'élaboration, on veillait scrupuleusement  à respecter les seuils qu'impliquait cette contrainte tarifaire. En fait, ce n’était plus du vin mais une boisson alcoolisée qu'ils concevaient. Détail piquant, sa confection requérait impérativement l'usage d'un grand nombre de produits de maquillage d'origine française. Comme quoi le bidouillage n'est pas l'apanage du seul Nouveau monde.

Cette industrialisation s'accompagna de concentrations accouchant à chaque fois d'un groupe encore plus grand, car, en Australie, un dit veut que « big is beautiful » (le grand est beau) : notamment  Southcorp fut racheté par le brasseur Foster et Hardy par Constellation. Le but était de faire toujours plus de volume et, à côté, quelques vins emblématiques pour dorer le blason de la marque. L'économie viticole glissa dans une sorte de jeu de monopoly : les investissements pleuvaient, les domaines passaient d'une main à une autre, les surenchères se succédaient, les transactions atteignaient des prix stratosphériques. Puis la bulle spéculative, comme cela est la norme, explosa.

 

Cuves ouvertes en béton au domaine de Rockford.jpg

 

le chai de Henschke.jpg

les cuves ouvertes en béton de cher Rockford et le chai de Henschke, deux des meilleurs domaines qui prouvent que l'on peut faire du grand vin sans investissements dans le gigantisme industriel

Le boom avait duré dix ans pendant lesquels, à l'insu de l'Australie, d'autres pays surgirent sur la scène mondiale, en particulier le Chili et l'Argentine où le coût de la main d’œuvre était plus bas et qui possédaient des conditions climatiques encore plus favorables. A cela s'est ajouté que l'Australie a été confrontée pendant cette période, entre 1998 et 2010, à une sécheresse drastique sans précédent.

Comme l'univers de l’agroalimentaire ne se caractérise par une fidélité entre ses différents acteurs, notamment à l'égard des fournisseurs, la grande distribution des pays qui étaient ses meilleurs clients exigea une réduction conséquente des prix, tirant ceux-ci parfois en dessous des  coûts de revient. La perte de ces marchés se traduisit en 2007/08 par une crise de surproduction qui provoqua un implacable retour à la réalité.

      

Le pays compte 2 400 domaines petits ou moyens. Les grands domaines qui approvisionnement les grands groupe  ne sont qu'une centaine. La prépondérance de «la grosse cavalerie vinesque » sur le marché mondial qui a caractérisé ces derniers a occulté un paysage nettement moins manichéen de la viticulture australienne. Alors que la grosse industrie vinicole continuait à opérer sur la base de formules toutes faites, sans avoir discerné les tendances nouvelles des marchés, les petits domaines progressaient à grande vitesse vers des vins plus élégants, plus équilibrés et moins chargés en alcool.  


La révolution australienne en cours s'est traduite par une baisse importante des taux d’alcool, non pas en recourant à des procédés chimiques. Elle est due à un travail patient dans le vignoble, en particulier dans la gestion de la canopée, alors que les Etats Unis, eux, semblent avoir  pris l'option inverse. Par contre, à ce sujet, il est difficile de connaître quel choix ont fait les grands groupes australiens. On y a souvent pour interlocuteur des «communicants» pratiquant la langue de bois.

Cette révolution se caractérise aussi par une très forte diminution du bois, la barrique n'étant plus utilisé que comme contenant et non plus comme vecteur de transmission de substances aromatiques au vin.

      

                LA DONNE CHANGE

 

La région australienne où le travail sur le vignoble est le plus remarquable est la Margaret River qui se profile comme une région majeure. Des domaines, qui avaient fait leur réputation sur la concentration, l’utilisation du bois et des taux d’alcool élevés pour obtenir des notes qui leur garantissaient un succès quasi immédiat, se détournent de ce modèle. L’ère Parker et Wine Spectator s'estompe. La donne change. Ce n’est plus le critique qui façonne le style du vin mais le vigneron qui, d’année en année choie son terroir de manière en tirer le meilleur.

C’est au domaine Cullen, converti à la biodynamie, que cette mue est la plus notoire. Ses cabernets sauvignons titre 13°, voire moins, tout en étant  et d’une parfaite maturité physiologique. Ils ne sont pas sans rappeler le  fameux Cask 23 de Warren Winiarski du domaine californien Stag's Leap Wine Cellar, que l'on caractérise comme étant  « une main de fer dans un gant de velours. »

         

De son côté, la Hunter Valley, la région la plus chaude et la plus atypique, a bien compris que son avenir est dans ses semillons à 11° et ses Shiraz qui ne dépassent pas 13 ou 13,5°.

Quant à la Clare Valley, l’Eden Valley et la Tasmanie, elles produisent des riesling minéraux, d’une grande complexité et d’un grand équilibre à des faibles teneurs en alcool. Et sans sucre résiduel.

La Barossa Valley, la région chaude de l’Australie, qui possède une grande concentration de vieux vignobles, a la capacité de produire des vins d’un grande élégance, à des degrés, eux, cependant,, relativement élevés. L’utilisation intelligente du viognier dans les assemblages confère un côté plus aérien au vin comme chez Torbreck.

Les régions de Geelong, de la Mornington Pennisula, ainsi que la Tasmanie, produisent des pinots noirs, des riesling  et des chardonnays, même des cabernet Sauvignon/merlot d’une très grande délicatesse.

La Yarra Valley, toute proche de Melbourne, est une région fraîche. Elle donne de bons pinots noirs et chardonnays, même si nous avons trouvé que ses vins manquaient parfois un peu de profondeur.

Certains domaines de la Coonawarra ( et pas des moindres), une des  plus fameuse régions viticoles de l’Australie en raison de sa Terra rosa (terre rouge), en particulier pour ses Cabernets, replantent leurs vignobles pour obtenir de vins physiologiquement mûrs à 12.5 et 13°.  

 Seule ombre, la persistance dans la Clare Valley et la McLaren Vale de vin à 15°et au boisé américain outrancier. 

 

Contrairement à l'idée qu'on s'en fait encore aujourd'hui, L'Australie est en mesure d'apporter la preuve dans un avenir pas trop lointain qu'elle est un pays qui s’insèrent dans la catégorie des pays viticoles à climat frais et, ainsi, être un des premiers pays du nouveau monde en mesure de répondre aux exigences des nouveaux consommateurs en quête de vins plus buvables car moins alcoolisés.

Ce qui serait un comble pour une viticulture dont le contraire a été son principal trait!

Commentaires

Merci beaucoup pour ce tableau riche et précis. J'ai suivi votre périple australien sur votre blog et sur la rvf et cela donne bien envie d'aller découvrir ce fabuleux pays, ses domaines viticoles et ses vins dont vous nous parlez si bien!

Écrit par : Tatiana METAIS | lundi, 09 avril 2012

Bravo pour ce carnet de route spécialisé dans le vin! L’Australie est pays magnifique.

Écrit par : WORLDiPLOMA | mercredi, 25 avril 2012

Les commentaires sont fermés.

 
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