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dimanche, 22 avril 2012

DOCUMENT TECHNIQUE: VIN ET VITICULTURE EN INDE: PREMIÈRE PARTIE

DU VIN DE QUALITE  EN INDE... une gageuse  ET POURTANT… 


Claude Gilois & Ricardo Uztarroz

 

 Cet article est publié en 2 parties

 

Carte Inde & régions viticoles (2).jpg

les principales régions de production 

 

 

L’Inde vient de faire son entrée par la grande porte dans le cercle restreint – mais qui ne cesse de s’agrandir  – des pays producteurs de vins. En août et septembre 2011, deux de ses crus, un blanc 2010, un viognier baptisé Ritu (saison en sanskrit), et un rouge 2008, une syrah baptisée Zampa (papillon), ont été commercialisés par la prestigieuse chaîne  d’alimentation fine britannique Waitrose.

L’événement est passé inaperçu dans la presse hexagonale mais n’a pas échappé à son homologue d’outre Manche plus attentive à l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène vinicole.

A l’origine, son jeune et intrépide responsable des achats de vins, Matt Smith, voulait juste faire, par curiosité, un test auprès de la très sélecte clientèle de cette  enseigne emblématique de l’art de vivre à l’anglaise. A sa plus grande surprise, l’essai vira à la ruée… après que le chroniqueur d’une émission culinaire culte de la BBC one, Saturday morning kitchen (La cuisine du samedi matin), se borna à mentionner le fait comme une de ces bizarreries gastronomiques typiques de l’inclination endémique de ses compatriotes à l’excentricité.

En l’espace de quelques jours, la plupart des 263 succursales réparties à travers tout le royaume étaient en rupture de stock. «Les ventes ont surpassé toutes nos expectatives», confirma à l’époque Matt Smith à la presse britannique qui, de The Independent à The Telegraph, en passant par The Guardian, The Daily Mail, etc…, se fit l’écho bien entendu de cet inattendu engouement pour des vins aussi exotiques qu’inconnus.

Le volume écoulé en la circonstance n’a pas été révélé (secret commercial) mais les experts estiment qu’il a été d’au moins 24 000 bouteilles, soit deux conteneurs de 20 pieds. Ce chiffre est d’autant plus remarquable quand on sait qu’un Britannique commun rechigne à sacrifier plus de 5 livres dans l’acquisition d’une bouteille : or, le blanc était offert à 6,99 livres et le rouge à 8,49… à titre promotionnel.

«Ce sont des vins qui se marient très bien avec le curry », expliqua Matt Smith. A l’instar du couscous en France qui, avec la blanquette de veau, se dispute la préférence des papilles de nos compatriotes, la gastronomie indienne fait désormais partie intégrante de l’identité nationale de nos voisins d’outre Manche. « Mais, s’empressa Matt Smith d’ajouter, le Ritu et le Zampa ont aussi des qualités intrinsèques qui s’allient très bien à d’autres mets. La viniculture indienne a fait dans son ensemble au cours de ces cinq dernières années d’énormes progrès. » Fort de ce succès, confia-t-il, il envisageait dorénavant de faire de ces deux étiquettes une référence régulière de son honorable maison.

 

 

ritu-viognier-indian-white-wine.jpg

 


 

waitrose-affiliates-indian-wine-zampa.jpg



QUATRE PARADOXES

 

Du vin en Inde, qui plus est de qualité ? Quiconque dispose de quelques notions en viticulture a de quoi en effet être incrédule. Par sa latitude, par son climat, par sa culture bien que celle-ci, à la différence du monde musulman, ne proscrit pas la consommation d’alcool, rien ne prédisposait ce pays à se muer en un producteur maintenant reconnu. De prime abord, cela relevait de la gageure, et pourtant… les faits sont là, bien tangibles.

Pour exister, la viticulture indienne a eu à surmonter quatre paradoxes, pas des moindres, qui découlent directement de sa localisation géographique et du régime tropical de ses saisons.

Dans l’hémisphère nord, les régions vinicoles se situent entre le  37° et 48°. Premier paradoxe, l’Inde se trouve juste au sud de cette frange. Six fois et demie grande comme la France, elle s’étale du 37°1’ au 6°7’, autrement dit elle couvre l’équivalent d’un arc allant à peu près du sud de l’Italie à la Corne de l’Afrique. Le tropique du Cancer la traverse pratiquement en son milieu.

Deuxième de ceux-ci : l’Inde est un pays de moussons. Il pleut des cordes entre juin et octobre, juste pendant la période qui correspond dans l’hémisphère nord au cycle de la maturation du raisin. Dans ces conditions, la seule possibilité d’obtenir une maturation optimale a donc été tout simplement d’inverser la période à laquelle intervient normalement celle-ci de manière à qu’elle coïncide avec la saison sèche qui correspond aux mois d’hiver (octobre à mars) et où les températures sont moins élevées. Ainsi, bien qu’étant dans l’hémisphère nord, les vendanges ont lieu à Inde en même temps que dans l’hémisphère sud.Une des conséquences de cette inversion, c’est qu’on récolte en températures ascendantes, ce qui rend particulièrement ardu d’apprécier la maturité optimale. Dès lors, le risque est grand de basculer  rapidement dans la « surmaturité » et d’obtenir des vins « compotés » voire « confiturés ».

Troisième paradoxe: les températures ne sont pas propices à la culture de la vigne destinées à l'élaboration du vin. Elle varient entre 20 C et 40 C . En conséquence, le repos vegétatif hivernal s'en trouve pertubé. Seule la région nord, sur les contreforts himalayens échappe à ce phénomène. 

Or, 80% de la production de raisin se concentre au sud-ouest de la ville Nahsik, Etat de Maharashtra dont la capitale est Mombay (ex-Bombay), pile sur le 19° parallèle, en pleine zone sub-tropicale. Si, dès lors, il est possible de faire deux vendanges l’an, une aubaine, certes, pour les diverses variétés de raisin de table car les variétés sont bien adaptées, cela se révèle être une fatalité pour celles destinées au vin.

 


 

Pour le moment, principalement une seule variété sert à l’élaboration du vin de qualité, la vitis vinifera car elle est l’unique à donner de bons résultats. En revanche, sa culture est difficile. Elle requiert des soins attentifs.

Quatrième et ultime paradoxe, qui lui est d’ordre culturel : l’Inde n’est  pas franchement un pays consommateur de vin.  Par an, un Indien n’en boit que l’équivalent d’une cuillère à café, soit  0,006 litre[i]. Ainsi pour un population voisine de 1,2 milliard d’individus (presque autant que la Chine – proche de 1,4 milliard), le pays n’importe que  50 000 caisses. .

 

           NOUVEAU OU RENOUVEAU ?

 

Le vin n’est pas étranger à la culture indienne. La vigne y aurait été introduite par des commerçants perses il y a environ 4000 ans ; probablement, la consommation de boissons alcoolisées y serait aussi ancienne mais, sans que celle-ci, comme ce fut le cas en Europe, ne se soit enracinée dans la tradition. Des fouilles effectuées sur le site de la civilisation harappéenne  (5000 av. J.-C.  1900 av. J.-C.) [1] ont exhumé des objets indiquant que  la transformation alcoolique était connue cette population de cultivateurs de céréales.

Il est plus que probable, qu’à cette époque, la production de vin et d’alcool se faisait à partir essentiellement des céréales. Toutefois on a retrouvé des indices irréfutables de l’existence de vins extraits du raisin. Un homme de lettres du  V siècle avant J.C,  Acharya Panini, évoque notamment dans ses écrits les vins fins de Kapisa  (identifiée aujourd’hui comme la région de Begram en Afghanistan[2]). Des fouilles menées en 1939 confirment que la ville de  Kapisa était un centre viticole de première importance[ii]. Elles ont mis en évidence en particulier des amphores en forme de poissons, des récipients  en verre et des coupelles de taste vin. Le vin de cette région provenait du cépage  Kapiśayani Draksha [iii].  Il s’appelait Kapiśayani, ou Madhu comme le mentionnent dans plusieurs ouvrages de littérature classique[iv].

 

Bagram-00a.jpg

L'ancienne  region viticole de Bagram

Par ailleurs, on a découvert sur les contreforts de l’Himalaya des cépages autochtones, ressemblant au vitis lanata and vitis palmate, qui poussaient à l’état sauvage. Des cépages autochtones comme le rangspay et shonltu (blanc et rouge)  sont toujours cultivés dans le Himachal Pradesh au nord du pays[v].

Il semblerait qu’en ces temps-là (IV° avant JC) la consommation de vin de raisin ait été, dans cette région, une coutume locale. En revanche, dans le reste du pays, celle-ci aurait été plutôt l’apanage de l’aristocratie, comme en témoigne une anecdote rapportée dans un ouvrage de l’époque. Il y est fait mention incidemment de l’interdiction promulguée par le ministre en chef de l’empereur de boire, à la cour durant les audiences que celui-ci accordait, du madhu.

Comme dans toute civilisation du néolithique, la consommation d’alcool s’inscrivait dans le rituel religieux. La boisson qui y était absorbée n’était pas du vin, l’inverse de ce qui se pratiquait alors au Moyen Orient, plus particulièrement sur le territoire qui constitue aujourd’hui Israël. Durant les rites, on y buvait du soma, une boisson faite à partir de jus laiteux d’une plante grimpante appelée soma.

 

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La plante Soma

La viticulture occidentale, ce sont les Portugais qui l’introduiront après que Vasco de Gama découvrit en 1498 la route maritime par le Cap de Bonne Espérance nettement plus directe que celle, essentiellement terrestre, des Vénitiens, jusqu’alors la puissance dominante. Dans la région de Goa (sud-ouest) où ils ouvrirent un comptoir,  les Portugais plantèrent des cépages apportés de leur pays et produisirent pour leurs besoins propres des vins mutés avec beaucoup de sucre résiduel, style qui prédominait dans leur pays en ce temps-là. Les Portugais n’y seront chassés par l’armée indienne qu’en 1961, au terme d’une présence de 450 ans, mais en laissant leur empreinte. 

 

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Vasco de Gama           

En vérité, c’est la Grande Bretagne qui y donna l’impulsion décisive afin de satisfaire la demande de ses expatriés. Le coût du  transport de boissons alcoolisées depuis l’Europe était prohibitif. En conséquence, de nombreux vignobles furent plantés dans les régions de  Baramati dans l’état du Mahastra, au Cachemire et au Surat, avec succès à telle enseigne que le vin indien fit même bonne figure à l’exposition universelle de Calcutta en 1883. Mais une invasion du phylloxera entraîna leur brutale disparition à la fin du XIX°.

Après le départ des Britanniques en 1947,  le nouvel Etat fédéral indépendant entreprend d’instaurer une prohibition sur l’ensemble du territoire. Dans une déclaration de politique générale, il est stipulé que celui-ci «fera tout son possible pour instaurer la prohibition de la consommation de boissons toxiques hormis raison médicale. » Plusieurs Etats prennent la directive au pied de la lettre et décrètent dans les années 50 l’interdiction de la consommation d’alcool.

A SUIVRE...





[1]  Aussi appelé civilisation de l’Indus. C’était une civilisation de l'Antiquité ( -5000 à -1900 avant JC) dont l'aire géographique s'étendait principalement dans la vallée du fleuve Indus au nord ouest de l’ Inde  autour du Pakistan. Source Wikipedia.

[2]Bagram est une localité d'Afghanistan située, à 60 km, au nord-ouest de Kaboul, voisine de la cité de Charikar. Construite au confluent des vallées du Ghorband et du Panjshir, elle devint un point de passage obligatoire  sur la route de la soie, vers Kaboul et Bamiyan fameuse pour ses Bouddhas géants. Source Wikipedia.

  



[ii]A Grammatical Dictionary of Sanskrit (Vedic): 700 Complete Reviews of the Best Books for ..., 1953, p 118, Dr Peggy Melcher, Vasudeva Sharana Agrawala, Surya Kanta, Jacob Wackernagel, Arthur Anthony Macdonell.

[iii]Dev Duggal Indian Wines – the story so far. The South Asian Life & Times. January  2008.

 

[iv]Cultural History of Ancient India: A Socio-economic and Religio-cultural Survey of Kapisa and ... , 1979, p 29, Jaya Goswami; India as Known to Pāini: A Study of the Cultural Material in the Ashādhyāyī, 1953, 118, Dr Vasudeva Sharana Agrawala

[v]. Shikhamany S.D. GRAPE PRODUCTION IN INDIA. 2006.http://indianwine.com/cs/forums/t/267.aspx

Commentaires

Une bien belle initiative que celle de ces deux jeunes femmes, que je vous inite à relayer !

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Écrit par : Bacchus Arsène | mercredi, 02 mai 2012

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