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samedi, 19 mai 2012

DOSSIER TECHNIQUE: LA CHINE

LA CHINE: NOUVEL ELDORADO VITICOLE. MYTHE OU REALITE ?


Pour les lecteurs qui ont eu l’occasion de boire un vin chinois, parler d’un nouvel Eldorado viticole à propos de la Chine peut apparaître soit comme un provocation ou comme une plaisanterie tellement, dans l’ensemble, les vins sont de mauvaise qualité quand ils ne sont pas tout simplement    imbuvables.

Pourtant il existe quelques données  qui indiquent que la Chine pourrait bien, dans un avenir proche,  se positionner sur le devant de la scène viticole mondiale.

D’abord l’immensité du pays (17 fois la France) qui s’étend entre les latitude de 53° 33' N  à l’extrême nord et 20 0 14' N  à l’extrême sud et qui se trouve   donc en partie sous des latitudes  reconnues de culture de la vigne. Il existe aussi un histoire viticole  qui remonte à plusieurs millénaires.  Le dynamisme  économique du pays dans tous les domaines a des répercutions sur  le secteur viticole où des investissement français ont déjà  été réalisés depuis quelques années. Et puis on assiste à un engouement du pays pour le vin similaire à celui qu’avait connu le Japon il y a une vingtaine d’année . Enfin,  il y des  vins dégustés    lors d’un récent voyage qui montrent   que certains  d’entre eux  sont déjà au niveau des crus classés bordelais.

 

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Un viticulteur au Château Bolongbao, un des domaines les plus qualitatifs de Chine (source: Associated Press)

 NOUVEAU OU RENOUVEAU

On attribue souvent  à la dynastie des Hahn (206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C)  et à l'emmissaire de l’empereur Han Wu Dia la découverte de l’élaboration du vin à partir de raisin[i] . A cette époque, la capitale de cette dynastie était Xi'an dans la partie centrale de la Chine dans la province qui s'appelle aujourd'hui Shanxi et cette date correspond à l’ouverture de la route de la soie dont la destination finale en Chine était Xi'an. Elle aurait donc   permis l’introduction de la Vitis Vinifera venu du Moyen Orient en Chine.  Deux découvertes récentes semblent infirmer cette version historique.  En 1995, une équipe sino-américaine d’archéologie comprenant des membres de l’institut d’archéologie de l’ Université de Shandong (à l’est de la Chine) ont procédé à des fouilles sur un site à 20 kilomètres au Nord de Rizhao dans la province du Shandong (une des principales régions viticoles aujourd’hui). Ils y ont découvert des restes de breuvages alcooliques y compris des restes de vin fait à partir de raisins ainsi que de l’hydromel et du vin  de riz.  Sur les 200 pots en céramique retrouvés, il y en avait  7 qui avaient contenu du vin et certains étaient un assemblage des ces divers breuvages. Des grains de raisin ont aussi été découverts[ii]. Ces résidus daterait de 4600 avant JC soit bien avant l'ouverture de la route de la soie et l'arrrivée par mer de Vitis Vinifera en provenance du Moyen Orient jusqu’à l'est de la Chine  n' est pas crédible à cette époque.

La deuxième  découverte  récente est celle d’un rameau de vigne  de Vitis Vinifera dans une tombe à Yanghai dans le district  de Turpan dans la province de Xinjiang à l’ouest du pays. La datation au carbone montre qu’ il  a prêt de 2300 ans [iii].[iv].

 

Région de Chine-final.jpg


Les facteurs qui affectent la  datation au C 14   sont bien connus et la marge d'erreur peut être importante. Dans zone d'age de l'échantillonage elle ne peut cependant excéder plus de quelques centaines d'années et ne remet donc pas en question que cette découverte précède l'ouverture de la route de la soie [v].

On ne peut donc pas  exclure que la Vitis Vinifera ait été domestiquée indépendamment en Chine comme ce fut le cas d’autres variétés de plantes sauvages au cours de l’histoire du développement humain depuis le début de l’agriculture [vi] d’autant plus que la Chine possède plusieurs     variétés de Vitis à l’état sauvage. Les découvertes de botanistes chinois[vii],[viii] à la fin du vingtième siècle ont révèlé que la Chine est une centre majeur pour le développement de Vitis[ix]. Ils ont répertorié 40 espèces et 13 variétés de vignes sauvage chinoises. la région des monts Quinling (au centre de la Chine dans les province de Shaanxi, Henan et Gansu) qui divise le pays en régions tempérées au nord et subtropicales au sud est une zone de grande diversité puisque 18 espèces sauvages y ont été trouvées[x]. 

L’identification de  l’élaboration  des premiers vins fait à partir du raisin est rendue encore plus difficile par la confusion entretenue  dans la langue chinoise entre plusieurs termes. En chinois le terme générique pour designer l’alcool est jui, pour le vin, putao jui, la bière pi jui et l’alcool obtenu par la distillation de grain huang jui. Cependant les chinois n’adhérent  pas strictement a cette terminologie et les termes sont interchangeables.

 

La production de vin fait de raisin est restée très marginale par rapport au vin produit à partir du riz ou de céréales (vin jaune) comme en atteste des statistiques  de 1949 qui font état d’une production de 2000 hectolitres de vin de raisin mais de 2,500,000 hectolitres de vin de céréales. La culture (très riche) du vin en Chine est essentiellement une culture de vin de céréales.

Il aussi est plus que  probable  que la consommation de vin de raisin ait été une coutume locale et  l’apanage de l’aristocratie et de la cour des empereurs.

Sous la dynastie  des Tang ((618–907), le vin de riz  était la boisson alcoolisée la plus rependue car elle était plus facile à élaborer et les graines étaient disponibles toute l’année. La popularité du vin de riz n’échappa pas à Marco Polo quand il s’aventura en Chine en 1280 [1].

Après la dynastie des Yuan, le vin retomba dans l′ombre pour ne réapparaître qu′à la fin de la dynastie des Qing (1644-1912), avec l′importation de vins européens.

L’histoire moderne de la viticulture chinoise débute en 1892 avec la création de Changyu Pionier  Wines  à Yantai  ( Aujourd’hui appelé  Yantai Changyu Group Co Ltd) dans la province de Shandong par Ahang Bishi, un diplomate chinois en poste à   l’étranger. Il importa plus de 500, 000 pieds de vigne des USA et le domaine de Changyu est aujourd‘ hui l’un des dix plus grands domaines du monde en terme de chiffre d’affaire.   

Avec la création de la République Populaire de Chine (1949), le pays  allait rentrer dans un  productivisme à la soviétique avec la création de nombreux domaines à l’ouest de Pékin et sur le bord du fleuve Jaune. Des cépages furent importés des pays sous influence soviétique ( Bulgarie, Hongrie, Roumanie).  
Dans les années 1970, le nombre de domaines  atteignait une centaine avec une production nationale d′environ 65000 tonnes. En 1978, date à laquelle  la Chine a ouvert ses portes à l′Occident, plusieurs co-entreprises vinicoles, (surtout sino-françaises ou de Hongkongaises), ont investi dans ce secteur et forme aujourd’hui le noyau dur le d’industrie vini-viticole du pays

 

En 1987, les autorités  adoptèrent  une politique de réduction des investissements dans le secteur  de  la distillation d’alcool. Cette décision avait pour but d’encourager une politique de consommation de boisons alcoolisées moins fortes pour des raisons de santé publique mais aussi  pour limiter l’utilisation du Sorgho dans l’élaboration des boisons alcoolisées  (bai jiu)  pour  permettre de constituer des  réserves alimentaires et  diminuer  les importations de céréales,  On assista alors  à un décollage de la viticulture dont la croissance depuis cette date est à deux chiffres. Le superficie du vignoble évolua  de moins de 140 000 hectares  en 1986 à   500 000 hectares en 2007 soit une augmentation de 176,3% sur les 10 dernières années. Cette superficie lui permet de représenter 6% du vignoble mondial, soit le 5ème vignoble le plus grand au monde. La Chine est le 10ème pays producteur de vin avec une part totale de 2,6% de la production mondiale ( 2005). Depuis 1995, la production annuelle de vin en Chine n'a pas cessé d'augmenter. 730,7 millions de litres ont été produits en 2005, ce qui représente une hausse de près de 94,7% sur dix ans. L’industrie  vinicole chinoise continue depuis cette date à connaître un développement rapide[2] . Le nombre d'entreprises vinicoles possédant un volume de ventes annuelles de plus de 2 millions de yuans ( 250,000 Euros) a dépassé les 200 en 2009, soit une augmentation de près de 50% par rapport à 2008.  La Chine reste  auto-suffisante. La production excédentaire qui constituait environ 1.5% en 2007  est vendue à l’export principalement sur le marché japonais qui absorbe 75% de l’excédent.

Cependant la majorité du raisin produit en Chine est du raisin de table. Seuls 13% du vignoble seraient vinifiés , ce qui correspondrait à une superficie en vignes destinées à la production de vin d’environ 65 000 hectares soit environ 65% du vignoble héraultais . La France en compte en totalité environ 889,000 hectares. Pas de quoi fouetter un chat mais... pas si simple comme nous le verrons plus tard.


[1] Certain éminent sinologues  doutent aujourd’hui que Marco ait passé 17 ans voire même visité la Chine. Francès Wood  “Did Marco Polo go to China ?” 1995, 


[2]Source:Australian Wine and Brandy Corporation (AWBC): Le AWB. C est une institution dont l’objectif est de favoriser le développement de l’industrie du vin australien. Il est en particulier responsable de la réglementation à l’export, de la promotion nationale et internationale, de faire des analyses et de fournir des informations sur le monde du vin ainsi que de négocier avec les autorités responsables des autres pays les réductions des barrières douanières.

 

[i]Li Zhengping. Chines Wine P 49.Cambridge University Press isbn 978-0-521-18650-6

[iii]Hong-En Jiang, Yong-Bing Zhang, Xiao Li, Yi-Feng Yao, David K. Ferguson, En-Guo Lü and Cheng-Sen LiEvidence for early viticulture in China: proof of a grapevine (Vitis vinifera L., Vitaceae) in the Yanghai Tombs, XinjiangJournal of Archaeological Science.Volume 36, Issue 7, July 2009, Pages 1458-1465.

 

[iv]Gernet, Jacques (1962). Daily Life in China on the Eve of the Mongol Invasion, 1250-1276. Translated by H. M. Wright. Stanford: Stanford University Press. ISBN 0-8047-0720-0. Page 134–135

[vi] Jared Diamond. Le troisième chimpanzé. Folio Essais. ISBN 978-2-07-044133-4

[vii]WANG Wen-tsai 王文采, « VITACEARUM NOVITATES », dans[phytotaxonomica sinica [archive]], vol. 17, no 3, 1979

[viii]Li CL, Cao YL, He YH, 李朝銮,曹亚玲,何永华, « A taxonomical study on Vitis L. in China 中国葡萄属 (Vitis L.) 分类研究 », dans J. Appl. Environ. Biol., vol. 2(3), 1996,p. 234-253

[ix]Wan YZ, Schwaninger H., Dan Li, CJ Simon, Wang YJ, Zhang CH, « A review of taxonomic research on Chinese wild grapes », dans Vitis, vol. 47, no 2, 2008, p. 81-88

[x]  Wan YZ, Schwaninger H., Dan Li, CJ Simon, Wang YJ, He PC, « The eco-geographic distribution of wild grape germplasm in China », dans Vitis, vol. 47, no 2, 2008, p. 77-80

 

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