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samedi, 21 juillet 2012

LA CHINE NOUVEL ELDORADO VITICOLE : MYTHE OU REALITE : DERNIERE PARTIE

LA CHINE PEUT-ELLE DEVENIR  UN GRAND PAYS VITICOLE ?


 

Claude Gilois

La qualité des terroirs 

40% de la viticulture chinoise se fait dans les régions costales  de la mer de Bohai à l’est de la Chine. Cette région  est loin d’être idéale car  c’est une zone de mousson qui, même atténuée, produit des pluies pendant la période de maturation des raisins. Ces conditions ralentissent la maturation  à une période où la demande en ensoleillement  de  la vigne est à son maximum. Quand le temps redevient clément la maturation se poursuit dans des conditions normales sans risques de pluies additionnelles. Cette région produit des vins très distinctifs à l’antithèse de ceux que l’on trouvent dans certains pays plus chauds. Ils sont peu chargés en alcool mais possèdent  une maturité phénolique parfaite quand les rendements sont maîtrisés. La tendance qui s’amorce depuis quelques années vers  l’élaboration de vins plus digestes  pourrait être bénéfique à cette région.

Quand on se déplace d’est en ouest à la même latitude que celle du golfe de Bohai, la pluviométrie devient plus faible même  si le climat reste un climat  de mousson atténuée. On y trouve les  terroirs  les plus prometteurs pour la production de vin de très haute qualité dans les régions de Fenyang, Taigu, Xiaxian et  Qingxu qui se situent dans la province  de Shanxi. La topologie et la topographie  permettent  une viticulture variée qui se base  sur  un  large choix de cépages et de nombreux vignobles sont sur coteaux voire même en terrasses.

 

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Judy Leissner du domaine de Grace dans le Shanxi

 

La région des montagnes d’Helan dans la province de Ningxia  est sans doute l’une des régions  les plus prometteuses de la Chine. Par contre, la pluviométrie est insuffisante pour la culture de la vigne  mais elle possède  un réservoir d’irrigation important car elle est traversée par le fleuve Jaune,. Il y a dans cette région 800,000 hectares de terrains adaptés à la culture  de la vigne soit, à quelque close près, l’équivalent de la surface viticole française, encore qu’irriguer une telle surface à partir d’un fleuve nous semble problématique. La proximité des montagnes d’ Helan dont certains sommets  sont en haute altitude et enneigés l’hiver peut fournir un complément  ou une alternative crédible à l’irrigation fluviale.

 

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la region des montagnes d'Helan, une des régions les plus prometteuses

Aujourd’hui, le développement des nouveaux  vignobles se fait  plutôt à l’ouest de la chine dans la Xinjiang  mais, dans cette région,  le climat n’est pas non plus idéal  car les hivers sont  très rudes et il faut enterrer les ceps pour éviter leurs destructions par le gel  ce qui représente un surcroît  important de travail donc de main d’œuvre  mais facilement disponible en Chine pour l’instant. La pluviométrie est insuffisante et il faut irriguer. Le vignobles dépendent donc de fonte de neige des montagnes environnantes.

 

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la région viticole dans la plaine de Manas est en plein developpement

De plus, les principaux marchés sont sur la cote est à Beijing et à Shangai.  Il faut parcourir des distances    considérables  pour approvisionner ces marchés  car  la Chine n’a pas d’accès à la mer dans sa partie ouest.

La Chine a  sans aucun doute les conditions naturelles idéales pour  produire des vins de glace  dans la région de Beidianzi dans la province du Liaoning et de répéter le succès obtenu par ceux de l’Ontario au Canada. D’ailleurs,  la région fait l’objet d’intenses développents et  des partenariats avec des producteurs de vins de glace canadiens s’organisent.  Les grandes sociétés chinoises  ne s’y trompent pas et Changyu et Dragon Seal  investissent aussi massivement dans cette région.

 

La qualité des vins 


La qualité des vins chinois entre 3 et 5 dollars (30-50 yuans) est très  médiocre même si celle-ci s’est améliorée depuis quelques années avec la réduction importante des ajouts de vin non chinois dans les assemblages. Les vins chinois doivent devenir authentiquement chinois sans ajouts de moûts importés. L’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001  lui a imposé de se conformer à un certain nombre de règles et de critères internationaux en matière de production, de qualité et de goût. La fraude et la contrefaçon demeurent cependant particulièrement élevées. 

La qualité est sans aucun doute le problème le plus important que doit résoudre l’industrie viticole chinoise à tous les niveaux de prix pour que les vins chinois deviennent un succès sur les marchés d’export.

Il n’y a pas en Chine  de réelle compréhension de ce qui fait la qualité d’un vin. Les producteurs ont encore la culture du rendement, de l’utilisation des pesticides et des vendanges  anticipées. Dans les chais les problèmes sont similaires. Les employés traitent les moûts et les vins comme de  simples  produits manufacturés. La technologie y règne en maître et la grande majorité des employés ne sont pas des consommateurs de vin.

Les chinois ne perçoivent la qualité que grâce au marketing sophistiqué des grandes compagnies viticoles et n’ont aucune idée de la qualité intrinsèque du produit qu’ils connaissent mal ou pas du tout.


Les perspectives d’avenir

La population chinoise est principalement jeune, la moitié a moins de 35 ans. La scolarisation en Chine est obligatoire. L’urbanisation se développe. Sur environ un milliard trois cent millions d’habitants, 60% vivent à la campagne, 40% en ville et  c’est en ville que se situent les consommateurs. La  population urbaine  croît de l’ordre de 13 à 15 millions chaque année. Le marché chinois du vin est constitué par 2 millions d’expatriés, 120 millions de cadres et d’entrepreneurs à revenus élevés et 200 millions de personnes appartenant aux classes moyennes, soit environ 320 millions d’individus. Ce segment de consommateurs potentiels s’accroît de plus de 10% par an. Les consommateurs  se concentrent sur la zone côtière, autour des grandes métropoles de Pékin, Shanghai et Canton (environ 200 millions de personnes) en bordure de mer à l’est de la Chine.

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Shanghai

Selon les statistiques chinoises, la consommation d’alcool en 2005 se répartit de la façon suivante : 58% de spiritueux, 2% de vin et 40% de bière. La  Chine se place donc  au neuvième  rang des pays consommateurs avec une moyenne de 0,4 litre par habitant. Ce chiffre est  très faible, comparé à la consommation des pays européens (60 litres/hab. pour la France ). Il existe donc une forte marge de progression et  la Chine se développe à une vitesse vertigineuse.

 

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la grande muraille de Chine proche de Beijing

La Chine était  le dixième  pays producteur de vin au monde en 2007. Depuis 1995, la production annuelle est en augmentation constante. Elle  a atteint  670 millions de litres  en 2007. Elle devrait atteindre 8 millions d’hectolitre en 2010 [1]. la Chine a importé 148 millions de litres de vin [2] et en a exporté 9,78 en 2007. Sur les 148 millions de litres  importés, 70% constituent du vrac car 15% du vin fait en Chine est  encore coupé avec des vins importés, en diminution constante ces  dernières années car les proportions de vins importés représentaient  la majorité de l’assemblage final il y a encore quelques années.  Aujourd’hui les vins secs remplacent les vins doux qui représentent  50 à 60% de la production totale [3]Les perspectives de développement de la production en Chine sont évaluées à 20 millions d'hectolitres dans les 10 ans à venir.

L’influence française en Chine

Aujourd'hui, le marché du vin en Chine devient un enjeu majeur. Ainsi, afin d'être présente sur ce marché en réel développement, la France a signé un accord de coopération avec le gouvernement chinois et participe, par exemple, à la création d'un vignoble modèle dans la région de Beijing. Avec  1 700 000 Euros investis,  c’est le plus gros budget de coopération agricole jamais financé. la France a fourni les installations, les caves, cent mille plants de vigne issus de seize cépages différents, ainsi que l'expertise technique. Pour devenir la référence  qualité en Chine, la France ambitionne de produire un vin digne de ses plus grands domaines. Sur place, les experts français forment le personnel chinois à la profession de vigneron. L'enjeu est de taille puisque la consommation de vin en chine n'atteint pas 40 centilitres par personne.

Les conséquences du réchauffement climatique pour la viticulture et les  vins chinois

Elles ont été étudiées en détail de 1951 à 2003 (i) à partir de données fournies par 594 stations métrologiques chinoises. Les résultats montrent que la pluviométrie a augmenté inversement proportionnellement à la latitude. Plus la latitude est basse plus les pluies sont abondantes. Les régions viticoles  subtropicales du Yuchuan, qui ont déjà une pluviométrie importante seront encore plus exposées aux précipitations avec le réchauffement climatique.

A l’intérieur de ce schéma, Il existe des phénomènes marqués de variations régionales. Dans la plupart des régions de la Chine de l’ouest la pluviométrie n’a  que peu augmenté alors qu’elle a fortement diminué  dans le nord, le centre et le sud ouest de la Chine.

Cette situation semble a priori favorable pour la viticulture chinoise des régions du centre, de celles du nord et de la péninsule du Bohai. Il faut rappeler que la pluie tombe principalement en été et qu’elle a donc des effets négatifs plus marqués que les pluies d’automne ou d’hiver. L’accroissement des précipitations affecte principalement le sud ouest de la Chine et le plateau tibétain qui ne sont pas des régions viticoles. La partie centrale et basse du fleuve  Chang Jiang (Yangtze) a vu le nombre de jours de pluie se réduire de 24 jours entre 1951 et 2003, ce qui pourrait re-dynamiser cette région viticole que le productivisme chinois des années  1950 et 1960 à conduit a des choix inappropriés en favorisant la plantation d’hybrides sans grandes  qualités gustatives.

Conclusions 

La Chine a tous les atouts pour devenir un  pays viticole d’importance majeure non seulement en terme de quantité mais aussi en terme de qualité. La pays a au moins autant de superficies viticoles  idoines à la culture de la vigne que  les grands pays viticoles de la vieille Europe. Les régions viticoles majeures sont encore à développer et elles se situent dans le nord du pays qui n’est pas affecté par la mousson. Elle possède des terroirs  pour une élaboration de vin  blancs, rouges et liquoreux. Le pays s’engage sur la voie d’une viticulture moins productiviste et plus qualitative.

Le pays est en plein essor économique et une partie importante de la population accède à un niveau de vie qui encourage la consommation du vin. 

Il a fallu une quarantaine d’années à la Californie pour se remettre d’une culture prohibitionniste et quarante ans à la Nouvelle Zélande pour entrer dans la cour des grands à pâtir de rien ou presque. C’est le temps qu’il faudra à la Chine pour rentrer dans le cénacle des grands pays viticoles.

(i)A Bai, P Zhai, X Liu - Climatology and trends of wet spells in China. 2007.Theoretical and Applied Climatology. Edition: Springer. 

(1) Source : China Alcoholic Drinks Industry Association

(2) Source : Sud de France Export

(3) Source : Découvrir le marché du vin en Chine – Observatoire viticole – Juillet 2009 

Commentaires

lllll

Écrit par : yasmin | vendredi, 17 août 2012

Votre article est très intéressant.

Oui, 40 ans me semble une bonne prévision, ce qui veut dire que c'est demain, sachant que le train (ou la fusée) du vin est déjà lancé depuis le début des années 2000. Et comme l'intelligence n'est pas ce qui manque en Chine, ils ont aussi compris qu'il faut commencer par la connaissance du vin en particulier pour les Jeunes.

On rencontre de plus en plus d'étudiants chinois en France en Master Vin qui ne viennent pas apprendre le français, ni la culture française mais la compréhension profonde de ce qu'est 1° l'univers global du vin-réglementaire y compris-, 2° les acteurs du vin, 3° le vin, 4° d'autres jeunes comme eux qui s'engagent dans cette voie. Fait intéressant, les jeunes filles sont très majoritaires. C'est aussi par elles que la Chine fera des vins plus qualitatifs, ses vins, qui ne seront pas la copie d'autres vins...Je leur fais confiance.

Écrit par : Elisabeth Poulain | mardi, 28 août 2012

Votre article est très intéressant.

Oui, 40 ans me semble une bonne prévision, ce qui veut dire que c'est demain, sachant que le train (ou la fusée) du vin est déjà lancé depuis le début des années 2000. Et comme l'intelligence n'est pas ce qui manque en Chine, ils ont aussi compris qu'il faut commencer par la connaissance du vin en particulier pour les Jeunes.

On rencontre de plus en plus d'étudiants chinois en France en Master Vin qui ne viennent pas apprendre le français, ni la culture française mais la compréhension profonde de ce qu'est 1° l'univers global du vin-réglementaire y compris-, 2° les acteurs du vin, 3° le vin, 4° d'autres jeunes comme eux qui s'engagent dans cette voie. Fait intéressant, les jeunes filles sont très majoritaires. C'est aussi par elles que la Chine fera des vins plus qualitatifs, ses vins, qui ne seront pas la copie d'autres vins...Je leur fais confiance.

Écrit par : Elisabeth Poulain | mardi, 28 août 2012

Les commentaires sont fermés.

 
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