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lundi, 05 novembre 2012

LE MANQUE DE DIVERSITE GENETIQUE FRAGILISE LA VIGNE

LE MANQUE DE SEXE  MET LA CULTURE DE LA VIGNE  EN DANGER


Vigne sauvage et la vigne domestiquée : la différence

 

Il existe aujourd’hui 72  espèces connues de  Vitis [i]  réparties principalement dans la zone inter-tropicale de l’hémisphère nord mais   seule la Vitis vininfera L.  donne des fruits en qualité et en quantité   suffisantes  pour les raisins de cuve. Elle a été domestiquée au Moyen Orient (et peut-être ailleurs)  aux alentours de 8000-6000 avant J.C et la Georgie est souvent considérée comme le berceau de la culture de la vigne. Les premières traces  archéologiques d’élaboration de vin ont été trouvé  sur le site de Hajji Firuz Tepe en Iran entre  7400-7000 avant J.C.

 

La domestication de la vigne a consisté  à convertir une plante sauvage dioïque où les organes mâles ( étamines) et femelles (pistils) sont portés sur des pieds différents en une plante monoïque dont les deux organes sont portés par le même pied ce qui permet une fécondation croisée sans  recours à l’intervention des insectes, beaucoup plus aléatoire. Une meilleure fertilisation permet donc d’avoir une meilleure floraison donc des  baies et des grappes plus importantes. La domestication de la vigne est étroitement liée à l’élaboration du vin et au développement de l’industrie viticole mais on ne sait pas aujourd’hui lequel de ces deux épisodes  a été l’élément déclencheur.  Il est plus que probable que la transformation de plante unisexuée en  plante hermaphrodite se soit produit par mutation [ii] ( modification de l’information génétique) et non pas suite à l’intervention humaine. 

differences between vitis vinifera and vitis sylvestris.jpg

Vigne sauvage versus vigne demostiquée 

La vigne : une plante fragilisée par manque de sexe

 

Toute forme de domestication conduit  à une   perte de diversité génétique donc à une fragilisation de la plante. Après la domestication il y a sans doute eu de  nombreuses expériences d’ hybridation entre la plante nouvellement domestiquée et la forme sauvage européenne , Vitis sylvestris, car on retrouve aujourd’hui de nombreuses caractéristiques de la plante sauvage dans le génome de Vitis vinifera.  Mais  la reproduction asexuée (la réplication à l’identique) aussi appelée  reproduction clonale ou végétative  a été le mode majeur de propagation de la plante . En effet, la reproduction sexuée (hybridation) est un processus lent  qui se prolonge sur plusieurs générations pour obtenir les caractéristiques voulues du cépage  tandis que la propagation clonale (asexuée) qui consiste à planter une graine ou un rameau  dans le sol , non seulement est plus simple, mais  plus rapide et elle garantit aussi l’uniformité des cépages d’un vignoble.

 

D’ après les analyses ADN de la vigne, on estime aujourd’hui  à environ 10,000 le nombre de cépages différents[iii] même  si  le choix commercial et l’uniformisation des goûts  restreignent  la sélection à 20 ou 30 cépages majeurs.  Ce mode  propagation n’a pas permis   un brassage   du matériel génétique qui confère aux plantes une meilleure résistance et une meilleure adaptation à leur environnement  (Darwin). Les différents cépages  sont apparus par mutation ou par polymorphisme génétique (variation dans la séquence des gènes). Ces variations ont changé  la couleur et/ou les caractéristiques organoleptiques du raisin mais n’ont pas  pour autant ‘brassé’ le patrimoine génétique comme peut le faire la reproduction sexuée et la plante s’en trouve affaiblie quand il lui  faut  faire face à des situations extrêmes comme l’introduction du Phylloxera en Europe  . Les cépages utilisés aujourd’hui sont étroitement proches les uns des autres. C’est ainsi que  le pinot noir s’est transformé en pinot gris et en pinot blanc par mutation. Le gewurztraminer et  20 autres cépages proviennent de même parentage. Le merlot est intimement relié au cabernet franc qui est un parent du cabernet sauvignon dont l’autre parent est le sauvignon blanc, la fille du traminer qui est ancêtre du pinot noir lui-même  un parent du chardonnay.

En fait, 75% de cépages connus aujourd’hui sont si  proches qu’ils sont  reliés  entre eux par une relation parents-enfants ou frères et sœurs[iv].

Bien que le génome de la vigne n’ ait pas encore été totalement décrypté, il ne serait pas surprenant que les 10, 000 cépages existants aujourd’hui dans le monde aient un lien de parenté.

 

Genetic Structure of Grapes Fig.3.jpg

Les liens entre les differents cepages (Sean Myles et al)

L’oïdium , le phylloxera , les maladies… du 19 ème siècle qui sonnent l’alarme des difficultés à venir.

C’est donc une plante fragile qui pousse en Europe au 19 eme siècle, période qui voit un développement important des échanges commerciaux et culturels sous l’impulsion de la découverte de la traction  à vapeur. C’est ainsi que seront introduits en Europe des plants  américains  porteurs de phylloxera et d’oïdium.

C’est l’oïdium- qui frappera d’abord au milieu du 19 ème siècle, puis le mildiou et enfin  le phylloxera qui affectera d’abord le Languedoc et le Rhône avant de s’étendre au reste de la France, à L’Espagne, au Portugal, à l’ Australie . La Champagne ne succombera  qu’en 1890.

 

Phylloxera_Vigne7.jpg

Le Phylloxera

 Seuls les vignobles plantés sur tes terroirs sablonneux ou en altitude ne seront pas affectés car l’aphide ne survit pas dans ces conditions.

Le pays responsable de cette catastrophe allait aussi fournir la solution : la greffe des Vitis vinifera sur des souches américaines résistantes au phylloxera soit naturellement ou soit par adaptation . On se rendit compte assez rapidement que la souche américaine n’apportait pas le goût ‘foxé’ qui prévalait sur vins faits à partir des Vitis sylvestris américains. et la grappe était sensiblement la même en qualité et en quantité.

 

La viticulture était sauvée mais  l’arrachage et la replantation des vignes ont sans doute résulté en un appauvrissement considérable du patrimoine génétique du vignoble tel qu’il existait avant cette catastrophe et une fragilisation accrue de la plante en termes de constitution génétique. 

 

On aurait pu penser qu’après un avertissement aussi sévère, les autorités viticoles et politiques de l’époque auraient cherché  à réintroduire de  la diversité génétique dans la  vigne par croisements (hybridation).   En fait, c’est le contraire qui se passa car on assistait parallèlement   au  développement de l’agriculture productiviste basée sur l’utilisation d’intrants chimiques qui devait fournir la solution à tous les problèmes des ravageurs et aux infections opportunistes de la vigne.    Le travail d’hybridation coûteux, car long,  fut essentiellement cantonné aux laboratoires de recherche    et les hybrides furent même interdits car ils étaient considérés inférieurs en qualité.

 

Les facteurs additionnels de fragilisation de la vigne

 

La monoculture

 

Contrairement à la plupart des plantes qui préfèrent les terrains fertiles, la vigne donne ses meilleurs résultats sur des terroirs pauvres. Cette particularité allait conduire naturellement  au développement de la monoculture de cette plante d’autant plus qu’elle correspondait au modèle de développement productiviste prôné par les grandes industries transnationales naissantes et cautionnées par  les pouvoirs politiques de l’époque.  La  monoculture engendre un déséquilibre  de l’écosystème local propice au développement des ravageurs de toutes sortes qui ne peuvent plus être contrôlés naturellement par des prédateurs.

C’est pourquoi aujourd’hui on utilise toutes sortes d’ éliciteurs ou à d’ antagonistes pour tenter de rétablir un écosystème plus naturel pour essayer de lutter contre les attaques des ravageurs mais ce dispositif a ses limites. 

 

Les traitements chimiques

 

L’ essor de l’industrie chimique amorcé avec la révolution industrielle et qui allait prendre se dévolopper considérablement après la dernière guerre a été un facteur additionnel de fragilisation. On a déversé plus de produits chimiques sur les vignes que pour n’importe quelle  autre culture.

Aujourd’hui, on s’aperçoit  que l’on se trouve face une situation précaire. Les agents infectieux ont réussi à contourner les traitements chimiques  et la pression des consommateurs est de plus en plus grande pour une réduction des intrants chimiques dans l’agriculture en général.  

 

Le retour progressif à une agriculture biologique ou bio-dynamique est un pas dans la bonne direction mais il ne constitue en rien une amélioration du patrimoine génétique de la vigne. Plus encore qu’au 19 eme   siècle la vigne  est une plante fragile, fragilité exacerbée  par le   dérèglement climatique qu’il soit anthropique ou pas et qui pourrait la confronter à de nouveaux ravageurs aux conséquences aussi catastrophiques que le phylloxera .

 

LA SEMAINE PROCHAINE: COMENT REINTRODUIRE DE LA DIVERSITE GENETIQUE DANS LA VIGNE ET LA RENDRE PLUS RESISTANTE



[i] Wan YZ, Schwaninger H., Dan Li, CJ Simon, Wang YJ, Zhang CH, « A review of taxonomic research on Chinese wild grapes », dans Vitis, vol. 47, no 2, 2008, p. 81-88

[ii] Douzan, J.P. Rives M. Sur le determinisme genetique du sexe dans le genre Vitis. Ann. Amélior, Plantes 17. 105-11 (1967)

[iv] Sean Myles, Adam Boyko, Christopher Owens, Patrick Brown, Fabrizio  Grassi, Mallikarjuna 

Aradhya, Bernard Prins, Andy Reynolds, Jer-Ming Chia, Doreen Ware, Carlos D. Bustamante,

and Edward Buckler. Genetic structure and domestication history of the grape. Proceedings of the National Academy of Sciences (2011)

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