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mardi, 19 mars 2013

L'AFRIQUE DU SUD VITICOLE

LES VINS SUD-AFRICAINS : BIENTOT DANS LA COUR DES GRANDS ?


Claude Gilois

Votre scribe est désolé pour cette petite interruption de service car il avait pris ses quartiers d’hiver au Cap en Afrique du Sud, sa destination préférée. Lui, qui a quand même pas mal bourlingué,  ne connaît pas de destinations plus agréables au monde. Le climat y est parfait en été, jamais trop chaud car  le Cap  se trouve  à la confluence de deux océans (Indien et Atlantique), et ceux-ci exercent  une régulation thermique en particulier entre les températures diurnes et nocturnes. Cette ville cosmopolite de 3.5 millions d’habitants, coincée entre  mers et montagnes est particulièrement vivante et offrent des prix remarquables pour les touristes occidentaux. On y mange bien et on y boit bien. C’est quand même un bon point de départ pour un séjour touristique ou éducatif.

On aimerait quand même voir un peu plus de noirs assis aux tables de restaurants qu’au service… !!!

cape town.jpg

la baie du Cap

La plupart du temps entre   rêveries et contemplations (pas du tout existentielles ou métaphysiques)  , votre scribe a quand même passé quelques jours à visiter des domaines et a participé, comme tous les ans, au ‘Classic Wine Throphy’. Ce concours créé   il y a quinze ans par un viticulteur français  et repris depuis 6-7 ans par un autre viticulteur français, Christophe Durand, propriétaire du domaine de Vin d’Orance en Afrique du Sud.  a pour objet de goûter, à l’aveugle,  entre 300 et 400 vins sud- africains. Le concours n’a pas varié depuis ses débuts et les vins sont présentés à la sagacité  d’un panel de dégustateurs uniquement  français  . Le panel est varié et comprend toujours des viticulteurs français travaillant en Afrique du Sud mais aussi, au moins un viticulteur qui  vinifie en France. Cette année c’était le tour de Jacky  Barthelmé du domaine d'Albert Mann en Alsace. On a vu passer ces dernières années Jean  Michel Gérin, Patrick Landanger de la Pousse d’Or à Volnay et le lutin vibrionnant, François Villard dont les tenues vestimentaires  n’ont laissé personne indifférent. Il y a bien sur des sommeliers français résidants en Afrique du Sud et d’autres officiants en France. Jean-Luc Jamrozik, président de l’ Association des Sommeliers de l’île de France était l’ambassadeur de la sommellerie française pour cette année. Un relais presse est assuré par la presse locale spécialisée et par la Revue du Vin de France qui était  représentée par Olivier Poels, le rédacteur en Chef adjoint de la Revue. Il ne faudrait pas non plus oublier l'inénarable Denis Garret sans lequel le concours ne serait plus tout à fait le même. 

 

Pourquoi, me direz-vous, organiser un tel concours qui a souvent été  perçu par beaucoup de professionnels des vins sud-africains comme un tantinet provocateur ?

 

Le but n’a jamais été de d’affirmer une quelconque supériorité française en matière de dégustation  mais de juger  la ou les directions que l’industrie viticole sud-africaine  allait  prendre   après l’apartheid. Car ce pays classifié comme pays du Nouveau Monde a des caractéristiques climatiques et des terroirs qui se rapprochent parfois plus de l’ancien monde que du Nouveau Monde.   L’arrivée de quelque 178 familles de Huguenots entre  1688 à 1691    avec leurs  cépages français et leur  savoir faire viticole a fortement contribué au développement de l’industrie viticole sud-africaine qui est la plus ancienne du Nouveau Monde. 

 

ALORS  A QUEL NIVEAU QUALITATIF SE TROUVENT AUJOURD’HUI LES VINS ?

 

Des pays du Nouveau Monde (USA, Chili , Argentine, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle Zélande), l' Afrique du Sud  arrive bon dernier en terme de qualité. Il n’y a pas de grands vins produits en Afrique du Sud (à part peut-être le fameux vins de Constance si prisé de Napoléon) alors qu’on  en trouve  dans toues les grandes régions viticoles  des  autres pays du Nouveau Monde.

 

Comment peut-on expliquer que le pays qui possède la plus ancienne histoire viticole ait pris un tel retard alors qu’un  pays comme le Chili sans réel tradition ou histoire  viticole établie ait pu s’élever à un tel niveau en si peu de temps ? 

 

  1. L’isolement dû à la politique d’ apartheid (1948-1991)

 

Cette politique raciale a conduit à un embargo de la communauté internationale. L’industrie viticole n’a pas eu accès au progrès de la viticulture et de la vinification pendant prêt de 45 ans . Les échanges ont été quasi inexistants entre les viticulteurs sud-africains et les viticulteurs des autres pays alors que les États-Unis, par exemple, mettait en place des programmes d’échange de personnel qui ont fait progresser aussi bien le États-Unis que la France. 

   

2 . Le choix de la quantité au dépend de la qualité

 

Le pays a toujours privilégié le rendement aux dépens  de la qualité. Encore aujourd’hui, 60% des vins produits en Afrique du Sud sont  du vrac. Or l’ Afrique du Sud n’est pas le pays idéal pour produire des volumes de vin en vrac. Il y a pas comme au Chili de milliers d’hectares plantés dans la plaine  et vendangés à la machine. La climatologie est plus variable et les pluies peuvent perturber les vendanges. C’est extrêmement rare au Chili ou en Argentine sauf lors des phénomènes El Nino/la Nina. Aujourd’hui, ce type de vin tire son succès  d’une monnaie sud-africaine, le Rand, particulièrement dépréciée par rapport au Peso. Toute modification du ratio de ces deux monnaies pourrait inverser la tendance et priver l’ Afrique du Sud d’une grande partie de son marché de vrac.

 3.  les maladies virales de la vigne (l’enroulement de la vigne)

 

Aucun pays viticole n’est exempt de maladies en particulier de l’enroulement de la vigne que l’on retrouve dans tous les pays viticoles du monde mais cette maladie  a pris des proportions catastrophiques  en Afrique du Sud et il faut arracher les vignes tous les 15 ans.  Elle peut être provoquée par huit virus différents. Leurs actions perturbent  la circulation de la sève  provoquant une accumulation de phénol  dans les feuilles, d'où la coloration rouge que l’on retrouve dans les vignobles infectés surtout au moment des vendanges.

La maladie n’est pas mortelle mais elle réduit considérablement les rendements. La maturité phénolique du raisin est decalée souvent de plusieurs semaines et il faut souvent 14 ou 15 degrés  d’alcool pour arriver à une maturité phénolique convenable. La maladie doit son nom à un enroulement vers la face inférieure des feuilles de vigne.. La maladie se transmet verticalement ( d’une génération à l’autre ) et horizontalement (d’une plante à une autre).

 

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Vignoble affeté par l'enroulement de la vigne

La réduction des rendements et la replantation des vignobles tous les quinze ans  sont économiquement désastreuses pour les domaines. Sans vieilles vignes autocontrôlées pas de grands vins. Le seul moyen d’éradiquer  cette maladie est d’identifier les plants sains dans des vignobles affectés, de les replanter dans des vignobles neufs et ainsi de suite jusqu'à temps qu’il n’y ait plus de plants affectés par la maladie . Pas un mince affaire.... 

 

Pourtant d’année en année la qualité des vins progresse et il existe une bonne trentaine de domaines qui font des vins de qualité internationale.  La qualité des terroirs, une climatologie modérée, une pluviométrie suffisante pour se passer d’irrigation et des vignerons passionnés sont les facteurs principaux  qui garantissent le futur de l’ Afrique du Sud viticole.

 

 

Commentaires

Ca cest un bon papier comme on aime en lire..Continue mon glauque.C'est tres gourmand!!grosses bisrs du Cap..

Écrit par : denis | mercredi, 27 mars 2013

Très bonne étude synthétique qui permet une certaine vision globale. A partir des atouts du vignoble, la qualité des vins ne peut que progresser durablement. De plus en plus de professionnels du vin s'y intéressent. Des vignerons français aussi, comme Jérémie Mourrat, le talentueux vigneron vendéen, sa Loire méridionnale, qui est maintenant aussi vigneron sud-africain, avec un associé sur place. L'expérience est selon lui passionnante. Et si souci il y a eu, c'est de la douane française qu'elle est venue!

Écrit par : Elisabeth Poulain | samedi, 06 avril 2013

Les commentaires sont fermés.

 
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