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samedi, 13 juillet 2013

ZOLTAN DEMETER SUR LE TOKAY (TOKAJI) DE HONGRIE

POUR UNE MODIFICATION  DE LA LEGISLATION DES VINS DE TOKAY


Claude Gilois

C’est en 1737 que la région viticole de Tokay fut  délimitée par décret royal consacrant ainsi des décennies, voire des siècles,  d’excellence de cette région dans la production de vins moelleux.  Seule l'Autriche  pourrait revendiquer la paternité d’ avoir été la première région viticole au monde  à posséder une législation mais laissons cette querelle aux historiens….

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Zoltan Demeter 

La viticulture des pays de la vieille Europe n’a jamais été un long fleuve tranquille. Le phylloxéra détruisit la majorité du vignoble européen fin du XIX siècle. La diminution de la production allait apporter son lot de contrefaçons,  et pousser les autorités hongroises à légiférer parfois pour le meilleur mais aussi  pour le pire.

 

La chute de l’ Empire austro-hongrois en 1920 allait amputer  une petite partie du vignoble de tokay qui passa sous le contrôle de la Tchécoslovaquie (aujourd’hui la Slovaquie).

Puis le productiviste communiste allait rebattre les cartes  d’une manière radicale après l’insurrection de 1956 matée durement par l’ Union Soviétique  . La production passa sous le contrôle de l’ Etat et, même si on ouvrit l'économie administrée à un petit secteur privé en 1968  (socialisme du goulash),   ce qui restait de la  notoriété des vins de Tokay fut confinée à la Hongrie et aux pays satellitaires de l’ Union Soviétique.

L’effondrement de l ’Union soviétique en début des années 1990  allait insuffler un nouvel élan à la viticulture de Tokay. Les investisseurs étrangers arrivèrent en masse rachetant des propriétés qui nécessitaient des investissements considérables et  sans le savoir-faire ancestral des Hongrois qu’ils durent, bon an mal an et bon gré mal gré trouver sur place.

Apres deux  décennies d’activité frénétique et une remise sur les rails du vin phare de Tokaj, l’Aszu, il semble que l’enthousiasme des investisseurs étrangers ait quelque peu  diminué  et que les Hongrois aient repris la main sur leurs vignobles et sur la législation qui devrait être mise en place pour que la tradition et le modernisme puissent cohabiter harmonieusement . Il est vrai que la consommation des liquoreux est en chute libre dans le monde et que le défi pour la région de Tokay consiste  aujourd’hui  à faire des vins secs plus que des vins liquoreux.

Aujourd’hui, peut-être  plus que jamais  il existe un décalage néfaste entre la législation, la tradition, le modernisme, les changements draconiens de ces 60 dernières années  qui rendent  les vins de la région ‘illisibles’ même pour des consommateurs avertis, voire même des spécialistes.

 

Quels sont donc les points les plus importants qui posent problèmes?

 

1                 La méthode d’ addition des puttonyos reflète-t-elle une tradition aujourd’hui dépassée  et qui utilise encore ce  système   pour faire des Aszú ?

2                 Il-y-a-t-il  trop de vins si bien que la qualité des terroirs s’estompe derrière la technicité de la production?  Les vins de Tokay sont les suivants: Szamorodni (sec ou moelleux), Aszú (3,4,5,6 puttonyos), Eszencia,  Aszú Eszencia, Fordítás, Máslás, Tokaji Cuvée et même récemment  Tokaji Ice Wines) 

3                 Ies rendements maximum sont de 15 T par hectare beaucoup trop élevé

4                 La maturité maximum est de 153 g/l de sucre residuel pour les Azsú ce qui est trop bas

5                 On peut chaptaliser sau for les Aszú

6                 L’embouteillage en dehors de la région de production est permis.

  

La rentrée de la Hongrie dans l’Union Européenne en 2009  a remis en cause les désignations des appellations hongroises car il existe une nomenclature européenne qui désigne les vins des régions viticoles et qui s’accompagne de descriptions des  conditions de production. Des discussions sont en cours depuis plusieurs années qui limiteraient l’utilisation de préfix Tokay (ou son équivalent hongrois Tokaji) aux vins suivants :

 

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Tokaji sec :  des vins secs dont la quantité de sucre résiduel serait de 3-5 g/l

 

Tojaji Föbor :  Ce terme est l’ancêtre du terme Szamorodni, qui signifie littéralement ‘premier vin de la maison’ et qui n’ inclurait pas de raisins botrytisés et dont la concentration en sucre résiduel serait aux alentours de 70-80 g/l .

 

Tokaji Aszú :  Ils ne seraient plus désignés par leur nombre de puttonyos mais par leur degré de sucre résiduel qui varierait suivant le millésime (150-350 g/l)

 

 

ZOLTAN DEMETER

 Comme souvent,  ce sont les avènements de l’histoire qui changent radicalement la vie des hommes. A la chute du mur de Berlin en 1989, Zoltan Demeter se préparait à devenir un agronome  dans le système communiste et productiviste de la Hongrie dominé par la toute puissante planification étatique. Aujourd’hui, après la disparition du ‘communisme’ à la soviétique, il est à la tête de son propre domaine. 

Après avoir terminé ses études à Budapest, la chute du mur lui donna la possibilité de parfaire sa connaissance viticole à l’étranger, chose qui aurait été inconcevable  sous le régime de la dictature communiste. C’est aux Etats Unis qu’il s’ exila pendant  quelques mois et il obtint son premier poste…. excusez du peu… chez Stag’s Leap Wine Cellar sous la direction de Warren Winiarski…. Convaincu alors que la viticulture est le vin étaient sa vocation, il compléta  sa formation à Beaune avant de faire un stage en marketing à Brighton en Angleterre. Il retourna en Hongrie en 1993, l’année d’un grand millésime de Tokaj. Il avait alors  27 ans. Tout est a refaire car, malgré ses 500 années d’histoire, l’industrie viticole a été balayé par les 60 ans du régime ‘communiste’ hongrois. Il travaille d’abord pour un domaine français puis pour Grof Degenfeld, une famille  aristocrate germano-hongroise dépossédée de son  domaine après la guerre. Puis avec  Istvan Szepsy , il dirige le domaine de Kiralyudvar de l’investisseur chinois Anthony Hwang où il redonne ses lettres de noblesse aux vins d’Aszú.

Zoltan commence à faire du vin pour lui-même ( et pour ses amis comme il aime à le dire) en 1998 mais ce n’est qu’ en 2008 qu’il se lance vraiment seul (ou presque) dans l’aventure avec un solide bagage technique, pratique et intellectuel pour devenir, du jour au lendemain, un des grands viticulteurs de Tokay.

Aujourd’hui. Les vignobles de Zoltan Demeter sont repartis sur 9 aires géographiques dans la région de Tokaj-Hegyalja et sur 5 villages différents. Aucune de ses vignes à moins de quarante ans et les plus âgées une centaine d’années. Zoltan ne se décrit pas comme un viticulteur biologique  ou biodynamique mais il essaie de travailler le plus proche possible de la nature avec son cheval.

Non seulement l’homme a du talent mais  il avance vite, si bien qu’aujourd’hui, peu de producteurs peuvent rivaliser avec lui. Il  possède une vision qui pourrait bien contribuer, à terme, à une redéfinition de ce  terroir exceptionnel en contribuant d’une manière significative à une législation nouvelle plus en phase avec la tradition et la modernité de notre époque.

 

 

Commentaires

Bonjour,

je suis à la recherche de vignerons de Tokaji produisant en bio certifié (on en cours de certification).
Auriez-vous des pistes, en dehors du domaine de Kiralyudvar?

Avec tous mes remerciement.

Écrit par : Bebert | jeudi, 07 novembre 2013

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