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lundi, 15 juillet 2013

LES CHRONIQUES DU TOUR DE FRANCE PAR RICARDO UZTARROZ

 

UN MONT CHAUVE PAS SI DECOIFFANT QUE CA

 

 

 


EN CHASSE-PATATE (DOSSARD n° 3)  
Par Ricardo, vice-Singe en hiver

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Vin de l'étape pour le chroniqueur (voir ci-dessous)

Que ce soit en politique, en économie ou en sport, le métier de prévisionniste est un métier ingrat, les faits démentant la plupart du temps (pour ne pas dire quasiment toujours) leurs anticipations qu’ils revêtent d’oripeaux prétendument scientifiques alors qu’elles ne sont qu’intuitives, autrement dit subjectives, donc, employons les mots qui conviennent : elles ne sont que pures élucubrations.

Ainsi, on nous avait promis une bataille échevelée sur le Mont Chauve, une bataille homérique, titanesque. N’est-ce pas sur les pentes caniculaires du Mont Ventoux que le pauvre Tom Simpson, bourré d’amphètes, déshydraté, épuisé, trépassa un 13 juillet 1967. Roland Barthes l’avait qualifié de « despote des cyclistes » et Antoine Blondin, qui avait comme il en était coutumier sans doute biberonné tous les liquides alcoolisés passant à sa portée ce jour-là, le baptisa « le chaudron de sorcières ».

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Antoine Blondin

A son propos, il avait écrit dans une de ses chroniques, comme le rappela Le Figaro : « Nous avons vu des coureurs raisonnables confiner à la folie, sous l’effet de la chaleur et des stimulants*, certains redescendre les lacets alors qu’ils croyaient les monter. » Cette 15ème escale du Mont Ventoux a été nettement en deça de son mythe. Une belle et grandiose empoignade, il n’y en eut guère. Chris Froome, surnommé dans le peloton Mister Vroom Vroom, n’a fait que remettre les pendules à l’heure et repris, en infligeant une pénalité de 30’, la 1’09 que lui avait chipée Contardor en provoquant  une bordure sur les routes d’une morne plaine deux jours avant.

 

LE CUL COLLE A LA SELLE

 

Toujours dans l’emphase obséquieuse, Gérard Holtz, qui ne cesse de répéter jusqu’à satiété qu’il est grand amateur et connaisseur de vélo, s’est extasié du démarrage de l’Africain blanc vêtu d’or sans se lever de sa selle. D’abord Froome n’a pas porté une attaque fulgurante et mais juste augmenté sa cadence quand Contador a rendu les armes, faisant de la sorte allégeance, pour terminer sa montée à son rythme. Dans ces conditions lui prendre 1’40 sur 7 km n’a rien de l’exploit. Ensuite, il a décroché Quintana, le petit grimpeur colombien, parce que celui-ci s’était tout simplement essoufflé dans une attaque lointaine vaine. Quand on vise la victoire d’étape, on reste calé dans la roue de Froome et on lui porte l’estocade à moins de 5 km de l’arrivée. Enfin le fait que Froome ne se soit pas mis en danseuse n’a rien d’extraordinaire, contrairement à ce que pense Holtz, lutin vibrionnant du micro. Anquetil, Ullrich, Indurain, Rominger, et autres grimpaient leur cul collé à la selle.

 

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Anquetil: le cul toujours collé à la selle

Bref, le Mont Chauve, le Chaudron à sorcières, le Despote des cyclistes, n’a pas été aussi décoiffant que ça. Il n’a même pas ébouriffé le classement général. Il n’a fait que confirmer une hiérarchie, conforter la supériorité du longiligne et malingre Froome.

 Ayant tout dit lors d’une précédente chronique sur le dopage et l’éventuel recours à l’AICAR, nous ne reviendrons pas sur le sujet. Tant qu’on n’a pas été contrôlé positif ou avoué de son propre chef sous l’impulsion de remords, on est légalement propre. Cependant, le fait que le même jour, on apprenne que deux rois du sprint jamaïcains étaient convaincus de dopage, Tyson Gay et Asafa Powell, « malgré eux » ont-ils dit, nous a réjoui dans une grande mesure : la nouvelle tend à confirmer, ce que nous disons depuis toujours, que le dopage n’est pas spécifique au vélo. A-t-on contrôlé les Brésiliens après leur victoire contre l’Espagne. Pourtant au vu du match, on peut avoir quelques suspicions.

 

 

LE VELO ET L’ART DE LA GUERRE

Attaque, contre-offensive, leurre, baroudeur, guerrier, flinguer, etc… le jargon cycliste tend à démontrer que la science de la course s’apparente à l’art de la guerre. Le vélo devrait être le sport obligatoire dans toutes les écoles militaires et tout coureur cycliste devrait à l’inter saison faire un stage dans l’une de celles-ci. Aujourd’hui, le cyclisme amateur est dominé par le club de l’Armée de Terre. Ce n’est pas fortuit. Une course se gagne plus avec sa tête qu’avec les jambes, et dans la guerre la ruse fait plus que la force brutale.

 Deux étapes ont apporté la preuve de ce concubinage guerre et vélo: la 13ème Tours-Saint-Amand-Montrond, un modèle de finesse tactique, et la 15ème, dimanche 14 juillet, sur le Ventoux, l’exemple même de qu’il ne faut pas faire.

Le vent en plaine peut être le pire ennemi ou le meilleur allié du cycliste quand celui-ci est défavorable, en particulier quand il souffle de côté. L’équipe Omega-Pharma dans cette 13ème étape, habitué à affronter celui-ci dans le plat pays qui est le sien (elle belge flamande) mit à profit ce dernier pour faire exploser le peloton et préparer la victoire de Cavendish, le flibustier des lignes d’arrivée, dès le km 56. A 30 km de la banderole d’arrivée, l’équipe de Contador, Saxo-Tinkoff, voyant que Froome bouffait du vent ayant perdu tous les équipiers, a provoqué une bordure (se mettre en ligne sur le côté opposé au sens du vent pour n’offrir aucune protection à l’adversaire ; dans ces conditions, la moindre cassure est souvent fatale pour celui-ci, c’est ce qui est arrivé au maillot Jaune).

En revanche, dans l’étape du Mont Ventoux, deux équipes, la Movistar et Europcar, ont montré ce qu’il ne faut pas faire si on veut gagner l’étape ou préserver un maillot distinctif, en l’occurrence celui de meilleur grimpeur.

Pour préparer l’éventuelle victoire de son petit grimpeur colombien, Nairo Quintana, celle-ci a imprimé un train d’enfer sur le plat dans le but de faire sauter les équipiers de Froome qui avait montré les jours précédents une certaine faiblesse à entourer leur chef de file. Ni les conditions climatiques, ni le profil du parcours très plat, n’étaient propices à cette stratégie de chevauchée sauvage. Résultat, les Movistar se sont usés eux-mêmes et n’ont pas été en mesure d’aider Quintana au moment opportun. Qui plus est, ce dernier a aussi commis la grossière erreur de partir de très loin au lieu de rester dans la roue de Froome en embuscade et de laisser le poids de la course aux Sky, comme l’a fait intelligemment Contador.

 

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Nairo Quintana: quand meme plus le profile d'un grimpeur que Froome

Se sachant juste, ayant compris qu’il ne pourrait pas battre Froome sur sa valeur intrinsèque, ce dernier s’est calé dans la roue de son rival durant toute l’étape et fait une course d’attente. Dans la montée, il a fait de même spéculant sur une éventuelle défaillance de son adversaire, sachant que là résidait sa seule chance. Malheureusement pour lui, celle-ci n’est pas survenue et ses jambes n’en pouvant mais il a laissé partir le maillot Jaune quand il a juste forcé un peu l’allure.

Quant à Europcar, elle a fait une course totalement brouillonne, aberrante.  Surprenant de la part de Jean-René Bernaudeau qui a tout au long de sa carrière a fait preuve d’un sens tactique aigu à défaut d’avoir les moyens de grandes ambitions stratégiques. Pierre Rolland s’est lancé dans une poursuite en chasse-patate de l’échappée matinale qui ne pouvait pas réussir. Il n’y avait aucun intérêt pour lui d’intégrer l’échappée. Il aurait dû faire une course d’attente à l’instar de Contador de manière à résister le plus longtemps possible dans le Ventoux afin de  rester au contact pour le Grimpeur.

Ensuite, Rolland ayant échoué dans son absurde chevauchée, Europcar, vexée, s’est mise à rouler comme des rats dans le but de ramener le peloton sur les échappés. C’était une mission impossible. On ne gagne pas en jouant les jeunes chiots fous. La prestation incompréhensible d’Europcar s’explique peut-être par le fait qu’elle ne parvient pas à trouver un second sponsor et que sa survie n’est donc plus assurée à la fin de la saison.

* Cette chronique très ancienne de Blondin a le mérite de prouver aux faux-culs que le dopage était monnaie courante à l’époque et aucun coureur n’en faisait mystère, au contraire même.

 

PS : L’honnêteté intellectuelle, la probité sportive, nous obligent à préciser auprès des lecteurs fidèles, occasionnels ou accidentels, que les propos tenus dans cette rubrique l’ont été en pleine responsabilité malgré le recours volontaire et délibéré à une (oui, une… enfin la seconde a été à peine entamée) bouteille de Vin d’Orrance, chenin blanc 2012, malgré les tentatives de contrôle anti-dopage de ma commissaire d’épouse qui, comme je l’ai déjà dit, à dans son œil une jauge qui détecte tout sur-dosage. Quand un Sud-africain d’adoption gagne en solitaire au Ventoux, ça donne soif et quoi de mieux qu’un cru provenant de cette lointaine terre de l’hémisphère sud.

Santé 

 

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