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mercredi, 28 août 2013

HUNTER VALLEY, AUSTRALIA

LA HUNTER VALLEY : LA RÉGION VITICOLE LA PLUS DEROUTANTE DU MONDE ?


 Claude Gilois

Il n’y a pas assez de mots pour décrire cette région située à deux heures de route environ au nord de Sydney en Australie.

 

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Bizarre, déconcertante, étonnante, imprévisible, inattendue, inespérée, singulière,  stupéfiante, surprenante, troublante… et encore ces mots sont-ils trop faibles pour décrire cette région où on ne devrait pas pouvoir faire du vin.

C’est pourtant l'une des  régions viticoles les plus ancienne d’ Australie et qui doit en grande partie son succès à sa proximité avec la ville de Sydney et à la détermination d’un homme, James Busby, considéré aujourd’hui comme le fondateur de la viticulture australienne.

C’est sans doute lors de l’exposition universelle de 1855, qui consacra la fameuse classification bordelaise,  que la Hunter Valley allait connaître son heure de gloire. Dans les rapports officiels des juges, la Hunter Valley était décrite comme une région qui produisait, non seulement des vins semblables à ceux de la vallée du Rhône, mais aussi des rouges de faible couleur que l’on trouvait en Bourgogne et sans oublier les mousseux dont la qualité pouvait rivaliser avec les meilleurs vins de Champagne et même des  vins doux qui pouvaient concurrencer ceux de Montignac et du Cap.  Ce fut même un effervescent de la Hunter Valley qui fut choisi, en préférence à un Champagne, pour honorer la cérémonie de clôture en présence de Napoléon III.

L’abandon des droits de douane entre les Etats au début du XX e siècle et le changement du goût des Australiens pour des vins  mutés allaient précipiter le déclin de cette  région viticole qui allait renaître après la guerre et engendrer certains des personnages les plus charismatiques de l’industrie viticole australienne (Len Evans, Maurice O’Shea, Murray Tyrrell).

Il est extrêmement ardu de comprendre la viticulture des pays étrangers avec des références uniquement   françaises  tant il est difficile d’appréhender toutes les variables qui peuvent influer sur elle.

Le climat de la Hunter Valley est régulièrement décrit    comme un climat méditerranéen, alors que la région est soumise à un climat subtropical et faire de la viticulture et du vin sous des climats tropicaux et subtropicaux n’est pas une mince affaire. La latitude nordiste de la région et sa proximité avec l’ océan Pacifique en font sans doute la région la plus chaude et la plus pluvieuse de toutes les régions de production de vin de qualité au monde . Ce sont les montagnes à l’ouest et au nord de la vallée qui, en constituant un entonnoir, permettent aux vents frais de l’océan de pénétrer  dans la zone viticole et agissent comme un régulateur thermique. Sans cette configuration topologique, la viticulture dans cette région ne serait pas possible. Cette particularité géographique n’est pas sans ressembler à l’ouverture de la  baie de San Pablo qui provoque un abaissement important de la température dans le vignoble de  la Napa Valley.  Mais cela n’est pas sans apporter une contrepartie négative dans la Hunter Valley car la région est balayée par des pluies qui peuvent être diluviennes.

 

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Et pourtant… cette région, d’une grande beauté, mais dont tous les paramètres indiquent qu’elle devrait être  inhospitalière pour la culture de la vigne produit  les plus grands sémillons australiens qui ne titrent pas plus de 10,5-11,5 o d’alcool, des chardonnays de grande classe, (en particulier chez Tyrrell's) et des shiraz dont la typicité est très différente de celle des autres régions viticoles en particulier  de la Barossa. On les a souvent décrit comme ayant des arômes et des saveurs de selles de cuir suintant  à une époque où beaucoup de journalistes ignoraient les caractéristiques  organoleptiques des contaminations aux Brettanomyces mais il est vrai que les personnages de la trempe des Len  Evans, Tyrrell et O’Shea savaient alimenter les histoires les plus farfelues avec   faconde.

 

Alors comment peut-on expliquer le paradoxe de cette  région dont les températures peuvent atteindre 45 o C ( température où la vigne cesse de fonctionner)  et qui est constamment balayée par la pluie pendant la période de maturation des raisins  et pendant les vendanges? La réponse est contenue dans la question. C’est justement la pluie qui permet à la vigne d’être suffisamment rafraîchie pour permettre à la photo-synthèse de continuer à s’effectuer. Si l’on ajoute à cela que les sémillons sont plantés sur des terroirs sableux à fort drainage et qu’ils sont souvent récoltés avant les grosses pluies qui sévissent habituellement  pendant les vendanges, on a des vins d’une grande fraîcheur, presque cisterciens en début de vie et qui  sont mis en général sur le marché que 5 ans après la mise en bouteille et qui pour les meilleurs possèdent un potentiel de garde de 30 ans ou plus.  Les chardonnays sont bien  typés et  dépassent rarement les 13.5 o d’alcool comme les shiraz qui ont des caractéristiques de fruit moins explosifs que ceux des régions plus fraîches. ils sont plus minéraux, avec des tanins un peu poudreux et  des boisés bien maîtrisés. 

 

Une région remarquable en tout point.

 

 

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