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mercredi, 18 septembre 2013

IRRIGATION

VITICULTURE IRRIGUÉE : LE BON  LA BRUTE ET LE TRUAND?


Claude Gilois

 

Le terme irrigation a une connotation négative et on l’associe d’une manière quasi automatique, dans la vieille Europe, aux rendements élevés, donc à des vins peu qualitatifs  L’irrigation a longtemps  été considérée comme l’ apanage de la viticulture du Nouveau Monde, la viticulture pour des vins de cépages donc par définition inférieurs aux vins de terroirs, plus nobles, dont les vignobles de la vieille Europe   représentent le nec plus ultra. Mais le réchauffement climatique est en train de rebattre les cartes et l’ Italie, par un décret législatif paru le 19 avril 2013,  a autorisé l’irrigation des vignes (là où elle  n’est pas spécifiquement interdite par  la réglementation locale) dans les cas de sécheresses et de chaleurs  intenses dans les régions classifiées DOC, DOCG et IGT qui couvrent toutes les principales régions viticoles de l’Italie.

Ce décret fait suite à une série de millésimes particulièrement chauds et secs comme   le millésime 2012 qui  est décrit, par beaucoup, comme  un ‘annus horribilis’ et que l’on compare au millésime 2003, l’année de la canicule en Europe.

D’autres pays d’ Europe seront dans l’obligation à plus ou moins long terme de prendre des mesures similaires, y compris la France, qui étudie cette question depuis quelques années, pour certaines de ses régions les plus chaudes et les moins pluvieuses. Angelo Gaja, jamais avare de mots, déclare: ‘‘ la sécheresse et les températures caniculaires ont provoqué une baisse importante des rendements en 2012.  Ces conditions difficiles ont aussi provoqué une baisse de la production dans les millésimes 2007, 2008 2009 et  2011 si bien que l’on est passé d’une  situation de surplus à un déficit qui devient déjà chronique.

Paradoxalement, certains pays dont  la viticulture est devenue essentiellement   tributaire de l’irrigation, comme la Californie, se pose la question pour savoir s’ils ne doivent pas revenir à une viticulture en sec et ceci en dépit du changement climatique tout aussi menaçant dans ces pays que dans le nôtre.

 

On sait, depuis longtemps, que l’irrigation est un moyen d’accroître les rendements donc de réduire la  qualité et c’est pourquoi elle a été interdite dans la majeure partie des pays européens. Mais  la manque d’ eau est aussi le plus sûr moyen de  réduire mécaniquement les rendements  si bien que  la viticulture  devient difficilement  viable ou les vins doivent être vendus à des prix exorbitants pour compenser les faibles rendements . Et comme on l’a vu dans l’article précédent,  la relation entre rendements et qualités est loin d’être linéaire et la corrélation entre petits rendements et hautes qualités est loin d’être parfaite.

 

Il y a ceux qui, comme Claude Bourgignon, universitaire et le guru des sols,  ne conçoivent pas la viticulture avec irrigation  et qui pensent que l’on ne devrait pas   faire  de vin dans des régions où il existe  un déficit  hydrique trop important.  A  l’opposé, il y a ceux, en particulier les viticulteurs des régions irriguées, qui pensent que la vigne est une plante et lui donner de l’eau d’une manière contrôlée  par une irrigation goûte à goûte ne se fait pas au détriment de la plante ni de  la qualité des raisins donc des vins.   Pour Philippe Bourgignon, l’eau est un élément constitutif du terroir au même  titre que  la composition du sol ou l’ensoleillement.

 

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Irrigation goutte à goutte

Non seulement l’eau est nécessaire à la photosynthèse mais  elle est aussi nécessaire pour le remplacement de l’eau perdue par évapotranspiration un processus naturel qui combine la transpiration et l’évaporation et  qui dépend de l’humidité ambiante. Il a été estimé qu’un pied de vigne peut perdre jusqu’à 6500  litres d’eau durant la maturation du raisin.  Il faut donc 180,000 litres d’eau par hectare  pour compenser cette perte. Il n’est pas difficile de comprendre que dans le contexte d’un réchauffement climatique de la planète et une raréfaction  de l’eau disponible,  la viticulture qui dépend de l’irrigation n’est peut-être pas soutenable sur le long terme du moins telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui. L’Australie, qui fait face à des sécheresses à répétition et qui dépend, pour une large part de ressources décroissantes du bassin de Murray Darling pour l’irrigation, se désengage de la viticulture industrielle, grosse consommatrice d’eau, pour l’élaboration de vins d’entrée de gamme qui avaient pourtant fait son succès dans les années 1990. La vallée de San Joachim en Californie, dont l’encépagement est très important  et les pays qui dépendent de la fonte des neiges pour l’irrigation comme le Chili et l’ Argentine sont aussi particulièrement vulnérables  car les sommets enneigés sont particulièrement sensibles au réchauffement climatique.

L’eau utilisée pour la viticulture contient du sel, elle provoque donc un accroissement de la teneur en sel des terroirs. L’histoire nous apprend que certaines parties du croissant fertile sont devenues arides suite à une teneur en sel  trop importante dans les sols. Le lessivage du sel des sols (lixiviation) ne se faisant que si la quantité d’eau est  utilisée pour l’irrigation est supérieure à l’évapotranspiration.

Eben Sadie, du domaine Saddie Family en Afrique du Sud, un aficionado des vieilles vignes non irriguées pour l’élaboration de ses vins, déclare  ‘l’irrigation nivelle les millésimes et les standardise.  C’est une critique  que l’on peut difficilement réfuter et on constate une bien plus grande variation des millésimes en Europe que dans le Nouveau Monde. Mais c’est une des raisons principales  qui ont contribué au succès des vins chiliens et argentins auprès des consommateurs leur assurant ainsi un minimum de qualité indépendamment du millésime. Certes,  pour les grands vins, une variation des millésimes est sans doute  préférable pour le consommateur averti.

 

Le stress hydrique est bénéfique pour la plante car elles réduit non seulement les rendements mais aussi la taille des baies donc, elle accroît  la proportion de peau  par rapport au jus et comme c’est dans la peau que se trouvent les phénols, les tannins et les arômes, la qualité du jus en est ainsi améliorée.

Cependant, l’utilisation de l’irrigation peut être particulièrement utile quand une période de chaleur intense induit un décalage entre la maturité physiologique du raisin et sa concentration en sucre. Elle permet d’ éviter des vendanges anticipées ou que le raisin se déshydrate  et  se  ratatine sur la vigne. Elle agit comme un régulateur de maturité.

On voit donc encore une fois qu’il n’y a pas de réponse tranchée. Tout est dans l’équilibre. Trop d’irrigation ou de pluie va amener le développement de la masse foliaire aux dépens de la grappe,  une dilution du fruit et parfois une sous maturité. Trop de stress hydrique apportera certes une importante concentration de fruits mais un déséquilibre dans les vins qui auront  des tanins austères et anguleux.

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