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vendredi, 11 octobre 2013

MASSALE OU CLONALE

SELECTION MASSALE OU SELECTION CLONALE ?


Claude Gilois

La sélection massale consiste, dans un premier temps,  à sélectionner les meilleurs pieds de vigne  d’un vignoble  ancien, habituellement de plus de cinquante ans  dans le but de  perpétuer la diversité qui s’est créée au fils du temps. La deuxième phase consiste à prélever des greffons  et les transplanter  sur  les vignobles selectionnés. Par opposition, la sélection clonale  consiste à produire des ceps génétiquement identiques sur une période d’une vingtaine  d’années pour ensuite les commercialiser. Un vignoble peut être planté avec un seul clone ou plusieurs clones. 

 

Jean Michel Cazes, propriétaire des Châteaux Lynch Bage et les Ormes du Pez utilise la sélection massale pour le ré-encépagement de ses vignobles depuis 2005. Il argumente : ‘ les vieux vignobles sont le résultat d’observations, d’adaptations  et d’optimisations de la vigne sur son terroir. La diversité génétique nous donne une meilleure garantie contre les maladies dans des situations adverses voire même catastrophiques qui seraient plus à même de menacer les vignobles de sélections clonales’. La sélection massale pourrait donc être perçue comme une sélection darwinienne ou la nature ne serait plus détentrice des clés de l’évolution car elle pourrait  bénéficier, à l’occasion, d’un   petit coup de pouce d’interventions humaines ?   Il faut quand même s’interroger sur le niveau de diversité génétique apportée par la sélection massale.. Quand il n’y a pas d’hybridation  donc de brassage de DNA, les cépages ne se transforment que  par mutations génétiques  qui, certes peuvent conférer une meilleure résistance mais pas au point de protéger la vigne contre une catastrophe comme le phylloxera.

L’argument qualitatif qui conduit  à utiliser la sélection massale plutôt que la sélection clonale  semble plus recevable. Mais est-il convaincant ? Il faut rappeler que la sélection clonale n’existe que depuis un quart de siècle et qu’avant cette date, la propagation se faisait uniquement par sélection massale. Pourtant, le vignoble en général n’a jamais été aussi menacé aujourd’hui depuis le phylloxera. 

Mark Bixler, du domaine Kistler Vineyards déclare: ‘ nous utilisons les clones californiens Wente  pour nos chardonnays et    dont on peut tracer l’origine dans la région de livermore à une cinquantaine  de kilomètres à l’est de San Francisco il y a une centaine d’années. Leur  floraison est très mauvaise et il produit  de tous petits grains de raisin à la limite du millerandage. Leur peau est épaisse et  la couleur jaune paille. Il y a  une concentration en minéraux importante. L’acidité est élevée et le fruit  citronné est particulièrement gourmand’. Mais il ajoute : ‘ je suis sur qu’au départ il y a plus d’une centaine d’années, ce raisin n’était pas comme il est aujourd’hui. La sélection clonale ne doit pas se faire en opposition à la sélection massale. Vous pouvez tout à fait utiliser la sélection massale jusqu’à ce que vous arriviez à ce qui vous convient puis  cloner le cépage comme cela s’est fait avec le Wente’.  ‘

Pour les aficionados du clone, la sélection massale est dangereuse  car l’ examen visuel pour identifier les meilleurs ceps  ne dit rien de ce qui peut se passer à l’intérieur du pied. ‘Même si les vignes apparaissent saines’, dit Roumier ‘, on ne peut pas exclure la présence de virus qui  se transmettront dans le nouveau vignoble. ‘Même si je n’ai pas, avec la sélection clonale,  la même diversité qu’avec la sélection massale’ ajoute Roumier, ‘je  plante  en général pas moins de 8 clones et 10% du vignoble sont plantés avec des sélections massales’.  Cela évite la standardisation que l’on reproche aux clones’. Malheureusement persifle-t-il: ‘ On  choisit souvent des clones trop prolifiques, car ceux-ci existent mais si vous voulez faire de la viticulture de qualité alors il faut choisir des clones qui ne sont pas trop productifs’. 

 

Et puis, il y a la viticulture. On ne conduit pas la culture des vignes d’un  vignoble de sélection clonale de la même façon que l’on conduit celle d’un vieux vignoble. Les jeunes vignes seront de toute façon plus prolifiques, même si l’on a choisi des clones peu productifs. Il faut donc tout faire pour juguler la vigueur de la vigne. On sait aujourd’hui que c’est possible de faire des petits rendements  avec des jeunes vignes en contrôlant la vigueur de celles-ci. Il faut tailler plus court, limiter l’apport d’engrais, faire de la concurrence à la vigne avec l’ enherbement des rangs et opter pour les tailles les moins productives.

 

Le débat, sélection massale versus sélection clonale, ne serait-il pas un  faux débat ? Le vrai débat ne serait-il pas le contrôle des rendements facteur sine qua non de la qualité ?

 

 

 

 

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