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lundi, 21 octobre 2013

CONTREFAÇON DU VIN

LA CONTREFAÇON DU VIN : UN PROBLÈME INSOLUBLE ?


Claude Gilois

 

Avec l’envolée vertigineuse des prix des grands vins ces trente dernières années, ce phénomène était devenu inévitable.  Mais ce n’est qu’aujourd’hui que l’ampleur de la fraude commence à apparaître. Une enquête organisée par le cabinet d’audit et de conseil PricewaterhouseCoopers rapportée  par le magazine Decanter révèle que 20% des personnes interrogées dans le cadre de cette enquête ont fait l’achat d’alcool contrefait. Les douanes anglaises ont confirmé avoir saisi 15 millions de litres d’alcool contrefait depuis 2005. Autant dire que cette révélation représente la partie visible de l’iceberg.  Alors que l’on pensait que la contrefaçon portait surtout sur les grands vins on s’aperçoit aujourd’hui qu’elle touche tous les segments de prix. Des contrefaçons de Jacob’s Creek de la Maison Pernod Ricard et de Blossom Hill de Diego  ont récemment été saisies par les douanes anglaises.

Mais ce sont les contrefaçons des grands vins qui ont récemment attiré l’attention des médias car des sommités  sont aujourd’hui traduits en justice pour avoir vendu des vins contrefaits. Certains  comme, Rudy Kurniawan, aujourd’hui en prison en attente de son procès, alors que son comparse court toujours,  est un escroc qui a confié au FBI sa recette pour confectionner un Mouton Rothschild 1945. Cela vaut sont pesant de cacahuètes : ½  de Pichon Lalande 1988, ¼ de Bordeaux oxydé et ¼ de vin de la Napa. Et voilà l’affaire, le Bordeaux oxydé donne le côté vieillot au  vin et le vin de la Napa lui  donne l’opulence du Mouton. Quant au Pichon cela donne la classe que l’on doit trouver sur un Mouton 1945.  Une belle culbute quand on sait q’un Mouton Rothschild 1945 se négocie aux alentours de 15,000 Euros.

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Rudy Kurniawan

Plus insidieuse mais tout aussi grave est l’affaire qui arrive au fameux ex-restaurateur Charlie Trotter accusé d’avoir vendu à des clients pour 46,000 US$ des  vins dont il savait qu’ils étaient contrefaits. Bien sur, Charlie Trotter clame  son innocence en déclarant qu’il a été lui-même abusé.

Laurent Ponsot, du domaine éponyme, qui  a été le principal artisan dans la mise en examen de Rudy Kurniawan estime que 80% de bouteilles de Bourgogne produites avant 1980 seraient des contrefaçons. Une paille… !! Autant dire aussi tout de suite que la Chine revendique, haut la main, le titre mondial du pays de la contrefaçon. Selon une enquête du Bureau National de L’ Industrie du Commerce de Chine, 70% des vins vendus dans les restaurants des grandes villes de la Chine seraient des faux.

 

Alors comment se protéger des contrefaçons. Pas si simple…. Autant dire que c’est au moins aussi difficile que de se protéger contre le dopage en sport, voire plus et il y a quelques années, on avait juste la vue, le nez et la bouche pour se faire une idée. 

Aujourd’hui la technologie commence à venir à la rescousse de producteurs et des vendeurs.

Le domaine Ponsot insère une petite pastille composée d’un code à bulles  entre le bouchon et le goulot. ‘Impossible à copier’ dit Laurent Ponsot. Quand on voit la facilité déconcertante des faussaires à falsifier tout et n’importe quoi,  on peut quand même avoir des  doutes sur le long terme de cette technologie d’autant plus qu’elle ne dit rien sur le contenu de la bouteille.

L’introduction d’un code QR, une sorte de code bar en deux dimensions sur les étiquettes est une technologie de plus en plus utilisée pour   l’identification des bouteilles car elle peut se faire facilement avec un smartphone. On peut  tout à fait imaginer une base de données contenant les codes uniques des bouteilles d’un domaine qui lorsqu’elles seraient bues seraient scannées et enregistrées. Un acheteur potentiel pourrait ainsi vérifier facilement si la bouteille pleine qu’il a en face de lui a déjà été bue.  Mais combien  de consommateurs de grands vins  feraient la démarche de notifier les bouteilles de grands vins qu’ils boivent ?

 

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Code QR

Alors il faut s’en remettre aux analyses du contenu mais là encore ce n’est pas de la tarte.  

L’analyse la plus répandue est l’analyse  isotopique qui consiste à identifier des variantes très proches des éléments chimiques contenus dans les vins  . Le principe est simple et s’apparente en gros  au séquençage génétique de l’ADN humain. De la même façon qu’un ADN humain est unique,  le contenu isotopique d’un vin est aussi unique...... ou presque.... et c’est là que le bât blesse. Et ce genre  d’analyse utilise du matériel coûteux, des spectromètres de masse dont la valeur  dépasse souvent  150,000 Euros et dont l’utilisation demande du personnel qualifié. 

Une autre technique, moins chère (un tiers du prix d’ un spectromètre de masse),  consiste à mesurer la quantité d’isotopes en évaporant une quantité infime de vin avant de soumettre le gaz obtenu à un rayon laser qui absorbe les différents isotopes à une fréquence différente. Le développement du système Coravin dont nous avons parlé dans ce blog permet l’analyse de bouteilles rares à des prix importants sans endommager la bouteille.

Contrairement au séquençage de l’ADN qui produit un résultat unique, l’analyse isotopique de deux vins très proches géographiquement a de fortes chances d’être identique. Si le faussaire veut faire de la Romanée- Conti avec du Vosnes-Romanée,  l’ analyse isotopique sera identique mais le vin, lui,  ne sera pas le même et le prix non plus.

Alors, il faut avoir recours à d’autres tests comme la mesure de l’acidité volatile, la composition en amino-acids ou en minéraux. On comprend bien que ce genre de techniques est encore au stade expérimental et que les experts devront sans remettre au bon vieux procédé de l’analyse purement humaine. Les faussaires ont encore de beaux jours devant eux....

 

 

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