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mercredi, 11 décembre 2013

ALVARO PALACIOS

ALVARO PALACIOS : LE PLUS GRAND VITICULTEUR D’ESPAGNE ?


 Claude Gilois

C’est encore une fois une dégustation d’exception que nous proposait le 14 novembre Valade et Transandine qui s’affirme au fil du temps comme le numéro 1 de la distribution des vins étrangers en France.

Nul doute qu’Alvaro Palacios fait partie des quelques grands viticulteurs d’Espagne et beaucoup voient en lui la personnalité la plus marquante de ces vingt dernières années. Seul Peter Siesseck de Pingus pourrait lui contester cette primauté. Mais ce qui met peut-être Alvaro à part de ses pairs dans la sphère des stars, c’est sa capacité, presque visionnaire, d’identifier les régions viticoles tombées en désuétude au fil du temps pour les faire revivre et de re-dynamiser des régions entières en attirant comme un aimant des dizaines de sociétés qui n’hésitent pas à faire leur promotion sur la proximité de ses vignobles ou de ses domaines.

C’est qu’il fit dans le Priorat avec son ami René Barbier avant de se lancer seul dans la renaissance d’un cépage quasiment oublié, le Mencia dans la région tout aussi oubliée, le Bierzo.

Il est en plus responsable du domaine de familial dans la Rioja Orientale depuis le décès de son père en 2002.

 

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RIOJA

 

Rien ne destinait Alvaro à reprendre ce domaine qui était dirigé par son frère Rafael après le décès de son père, On avait l’impression d’un domaine un peu ensommeillé avec des vins ‘à l’ancienne’. Rafael m’avait avoué un jour, au domaine, ne pas avoir l’âme d’un leader et que le domaine serait bien mieux dirigé par Alvaro. Quelques mois plus tard Alvaro prenait la direction du domaine. En deux ans apparaissaient sur le marché des vins parfaitement faits, modernes, frais, limpides, sans lourdeurs aux antipodes des vins de son père.

 

 

PROPRIEDAD 2010

 

Ce vin provient de la Rioja Baja qu’Alvaro préfère décrire comme la Rioja Orientale. Il est vrai que le terme Baja, par opposition à une autre des trois régions de la Rioja (Alta) a une connotation négative. C’est un assemblage de 5 vignobles situés dans un périmètre de 1 kilomètre à une altitude de 650 mètres et sur une superficie totale de 20 hectares. Le vignoble est principalement encépagé en grenache avec environ 10% de monastrell (mourvèdre) et de Viura complantés sur des terroirs composés de substrats volcaniques, de sable, de quartz et de pierres. Le vin est élevé totalement en fûts neufs. C’est la forte proportion de Grenache qui donne à ce vin ses lettres de noblesse. Les arômes et les saveurs sont sur les fruits rouges, cerise et fraise avec une pointe d’écorce d’orange que l’on retrouve souvent sur le grenache. Le vin est d’une grande profondeur, complexe avec l’élégance du grenache quand elle provient de vignobles d’altitude. 16/10

BIERZO

 

  

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C’est en 1999 qu’Alvaro se lance avec son neveu, Ricardo Perez dans cette folle aventure. Certes, la région a une longue tradition viticole puisqu’elle est sur la route du Chemin de Compostelle et on connaît les dispositions des moines pour la viticulture et le vin. Un seul cépage rouge domine cette région, le Mencia qui en termes aromatiques s’apparenterait au cabernet franc. Sincèrement je n’ai jamais été convaincu par cet amalgame. Des analyses ADN menées dans le service biologique de l’Université Polytechnique de Madrid ont montré que ce cépage était en tous points identiques au cépage ‘Jaen du Dao’ ou ‘Jean’ tout court. Bien sur, cela ne dit pas grand-chose sur l’origine du cépage qui a peut-être tout simplement disparu.

Mais après la destruction du vignoble par le phylloxéra, on replantera le Mencia plutôt dans la plaine sur des terroirs trop fertiles où il donne une plante trop vigoureuse pour produire des vins intéressants. Mais, par contre, il existe dans cette région de Bierzo certains des vignobles les plus vertigineux au monde sur des pentes qui avoisinent les 70%. Ici pas de tracteur, on travaille à la mule.

Avec une très grande discrétion avoisinant parfois le secret, Alvaro et Tintin (c’est le surnom de Ricardo Perez) raflent les meilleurs terroirs, les plus beaux vignobles avant que quiconque d’autres réalise que cette région à la capacité de faire des grands vins. Je ne suis pas sûr que la renaissance d’un grand vignoble se soit faite dans une telle intimité avec aussi peu d’acteurs. Le pari était audacieux, presque insensé et il fallait presque une dose d’inconscience ou de vision ‘mystique’. Je me rappelle que nous nous étions réunis dans un hôtel pour goûter le premier millésime du Bierzo d’Alvaro et de Ricardo. Devant la moue dubitative de certains des dégustateurs, Alvaro (d’ordinaire très posé) s’emporta et déclara ‘j’ai intégré des paramètres qui sont dans ma tête mais pas encore dans le vin. Je vous dis que le Mencia est un grand cépage et je ferai des grands vins ici’. On aurait entendu une mouche voler!!!

 

VILLA DEL CURULLÓN 2011

 

Un vin très sensuel, aux arômes et aux saveurs de pivoine, de violette, de mûres avec un coté floral de garrigue. Plus ferme que le Rioja et avec une plus grande amplitude de bouche.

Ce vin provient de 200 petites parcelles toutes sur coteaux aux alentours de la ville de Curullón. Elles totalisent en superficie 8,6 hectares. Les sols sont très hétérogènes et composés d’ardoises et la plupart datent du début de l’époque cambrienne. Placées horizontalement ou obliquement, ces ardoises se composent de quartz, de silice, de sable et pierres décomposées. L’altitude des vignobles varie entre 500 et 950 mètres. Le climat est continental mais marqué par une forte influence océanique. L’âge des vignes varie entre 50 et 90 ans et les vignobles se composent de 97% de Mencia avec 3 % de variétés de blancs. En 2011, les rendements étaient de 14,8 hectolitres par hectare. Il existe une partie de vendange entière dans ce vin car l’égrappage n’est que partiel. Le vin est fermenté dans des petites cuves ouvertes et est élevé pendant 13 mois en fût. Pas de collage ni filtration à la mise. 15.5/20

 

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LA LAMAS 2011

 

 

Le vin provient de 7 parcelles dont 6 appartiennent au domaine. Les vignobles sont exposés plein sud entre 670 et 730 mètres d’altitude. L’argile est la composante dominante du sol avec de l’ardoise de l’époque cambrienne. La juxtaposition des ces deux composantes apporte un constant rajeunissement du sol dont la profondeur ne dépasse pas 45 centimètres. Les vignobles sont sur des sols très acides mais équilibrés par une présence d’oxyde de fer importante. L’encépagement comporte 98% de Mencia et 2% d’alicante bouchet complantés. L’âge des vignes varie de 60 à 100 ans. Les rendements sont de 12,8 hectolitres par hectare pour une densité de plantation de 7 000 pieds par hectare. Bien que les parcelles soient situées plein sud.

Il existe une belle tension et minéralité sur ce vin qui a des nuances de prunes mais qui s’exprime dans l’ensemble sur le fruit rouge. La pivoine est aussi présente sur ce vin dont la vinification se fait en partie en vendange entière. 17.5/20

 

MONCERBALL 2011

 

Le raisin provient de parcelles du domaine situées sur la colline de Moncerball dont la superficie totale est de 1,74 hectare. Le sol est composé de quartz, de marbre, de sable et d’argile et possède une très grande porosité qui permet aux racines de la vigne de pénétrer profondément dans le substrat. Les vignes qui ont entre 60 et 90 ans d'âge se situent entre 610 et 730 mètres d’altitude. L’encépagement est en Mencia avec 2% de cépages blancs. Les rendements sont de 11 hectolitres par hectare.

C’est plus riche comme vin que le Las Lamas mais cela reste quand même cristallin, sur le fruit rouge et même si l’on détecte une petite pointe de compoté, la pointe d’écorce d’orange lui donne de la fraîcheur. 17/20

 

LA FARAONA 2011

 

La plus belle parcelle (0,55 hectare), la plus haute (800-860 mètres), la plus pentue, presque à en donner le vertige. et le plus beau vin de toutes les sélections parcellaires du domaine. Ce vignoble a une exposition sud et  a une luminosité matinale  très faible. Le sol est schisteux avec une bonne proportion d’argile. Les vignes on en moyenne 75 ans est sont sur porte-greffe Riparia qui donne des raisins à la limite de la coulure et du millerandage. Dès le premier millésime en 2001, ce vin se distinguait déjà des autres par sa classe exceptionnelle et sa finesse de bouche. Vinifié avec 20% de raisins non égrappés. C’est un vin qui donne une impression atlantique plutôt que Méditerranéenne par sa finesse de grain, sa distinction et sa classe. Il a absorbé ses  19 mois de fut neuf sans sourciller.19/20

 

 

PRIORAT

 

GRATALLOPS: 2011 

 

Un vin qui provient de raisin de plusieurs parcelles toutes sur coteaux aux alentours de la ville de Gratallops. La superficie totale du vignoble est de 7,2 hectares sur des sols datant du paléozoïque carbonifère (330 millions d’années) sur de l’ardoise décomposée. C’est un vignoble exposé nord-est entre 300 et 430 mètres d’altitude. Les vignes ont entre 14 et 70 ans d’âge. Les rendements sont de 10 hectolitres par hectare. L’assemblage est de 65% grenache et de 35% samsó (carignan). Elevé exclusivement en chêne français (foudres et barriques).

On sent le côté méditerranéen  du vin et le fruit rouge de la grenache. Le Samso lui donne de la structure. Les nuances  florales, garrigue, herbes de Provence apportent un surcroît de fraîcheur. Un beau vin dans un beau millésime. 16/20

 

 

FINCA DOFI  2011

 

Vignoble de 10 hectares sur la région d’En Camp de Piqué dans la région de Gratallops. Planté de 1982 et 1989 avec une densité de 6 000 pieds par hectare à une altitude entre 250 et 350 mètres, ce vignoble a souvent été présenté comme la version moderniste d’Alvaro avec de la syrah et du cabernet sauvignon. Aujourd’hui la plupart de ces cépages ont été greffés avec du grenache qui représente 95% du vignoble. L’âge des vignes varie de 19 à 31 ans et elles sont plantées sur schistes bruns. C’est l’un des rares vignobles d’Alvaro où on vendange en vert (20%) et où on utilise des petits tracteurs à chenilles. Les rendements ne sont que de 14 hectolitres par hectare. Le Dofi est un vin très sensuel avec un touché de bouche que l’on peut qualifier de sexy. On sent la très fine peau d’orange qu’apporte le grenache. On peut penser que dans quelques années, ce vignoble sera totalement encépagé en grenache. 17/20

 

ERMITA

 

Sans doute le vignoble le plus emblématique d’Alvaro Palacios.

 

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C’est un vignoble de 1,4 hectare exposé nord-est, sur une pente vertigineuse. Les vignes ont entre 75 et 100 ans d'âge et le vignoble  est aujourd’hui exclusivement encépagé en grenache mais contenait il y a quelques années du carigan et de cépages blancs complantés. Il faut dire que si la proportion de carigan est très élevée dans la région c’est qu’après la destruction du vignoble par le phylloxera, la grenache était devenue très sensible à la coulure et au millerandage et qu’à l’époque la quantité primait sur la qualité.

 

ERMITA 2011

 

Finement ciselé. D’un touché de bouche exceptionnel, c’est presque de l’infusion de grenache (rendement 7,8 hectolitres par hectare) mais quelle profondeur. On le boit déjà avec plaisir. Sur le fruit rouge, cerise, fraise, la groseille. C’est croquant, juteux. Est-ce que le vin va se resserrer en bouteille? À voir. 19/20

 

ERMITA 2010

 

Quels charmes sur ce vin. C’est un séducteur ou une séductrice en bouteille. C’est frais, élégant, avec une grande vitalité. C’est quand même un vin qui a fait 45 jours de macération tout en levures endogènes. Un grand millésime d’Ermita en devenir. 18/20

 

ERMITA 2009

 

Beaucoup plus concentré que les deux précédents. On sent bien que l’on est sur un millésime solaire avec une petite pointe d’alcool en trop. C’est aussi plus tannique,  on sent l’influence d’un été méditerranéen chaud. Une belle bouteille quand même à attendre pour qu’elle s’assouplisse et  pour ceux qui aime la concentration et la puissance. 16,5/20

 

ERMITA 2008

 

Encore une petite merveille. La groseille explose en bouche. Le millésime est délicat, équilibré. Dommage qu’à ce stade on sente une petite pointe de bois et on aimerait qu’elle se fonde avec le vin au plus vite pour en faire un millésime parfait. 18.5/20

 

ERMITA 2006

 

Cest le premier millésime d’Ermita avec 100% de Grenache. C'est juteux, croquant entièrement sur le fruit rouge, la cerise, la groseille mais avec des tanins un plus marqués que sur les 2011 ou 2010. 18.5/20

 

 

ERMITA 1998

 

Une  bouteille bien différente des autres millésimes mais la composition du vignoble était différente. Il y avait 4 % de carignan et 16% de Cabernet sauvignon. On comprend quand on goûte le vin pourquoi Alvaro a greffé tous ces cépages en grenache car les 20% de cépages moins nobles masquent la beauté de la grenache qui est le grand cépage de la région. Attention, c’est quand même une très belle bouteille dans un grand millésime mais elle n’atteindra jamais les sommets des récents millésimes. 16.5/20

 

Commentaires

Quelle jois de vous lire!!
Des commentaires plein d'esprit et d'une profondeur vinologique.
A suivre

Friedrich Kern
Autriche
www.vinoble.at

Écrit par : Friedrich Kern | jeudi, 13 mars 2014

Les commentaires sont fermés.

 
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