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jeudi, 06 février 2014

L'AUSTRALE VITICOLE

L’AUSTRALIE VITICOLE  DANS LA TOURMENTE ?


 Claude Gilois

Ce sont les dernières statistiques  des vins australiens à l’export et un long périple viticole australien en 2013 qui ont inspiré  cette réflexion et les remarques contenues dans ce document.

Alors que l’on attendait une reprise a l’export  en 2013 , l’ année  s’est soldée par des résultats décevants. Les volumes sont en baisse de 6% et les  ventes en valeur en hausse de 1%. Pas de quoi pavoiser.

En fait, cette baisse n’est pas nouvelle et elle débute en 2007 avant la crise  qui a paralysé l’économie mondiale.

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les exports de vins austraiens

Si on utilise le langage des économistes, certes, il y a   des facteurs conjoncturels qui expliquent en partie cette baisse. La crise mondiale et un dollar australien élevé (dû en particulier à la richesse de son sous-sol et de la demande chinoise) en sont deux éléments indiscutables.

 

Au-delà des facteurs conjoncturels, il semble bien q’il y ait aussi des facteurs structurels et que l’industrie viticole australienne ne soit plus totalement en phase avec ses marchés. Ce qui a fait la force et son succès dans les années 1990 est peut-être devenue aujourd’hui  son tendon d’Achille.

Quelques  éléments apparaissent primordiaux dans ce tableau plutôt pessimiste. D’abord l’extrême concentration de l’industrie viticole australienne et sa puissance marketing, sans doute sans équivalent au monde, lui  ont permis en 2000 d’exporter plus de vin sur le marché anglais que la France et de passer de 600,000 cases à 20 millions de caisses de 1990 à 2004 sur le marché américain. La grande majorité des vins exportée sont des entrées de gamme, souvent hautement manipulées, qui  proviennent  de la viticulture industrielle irriguée de la région communément dénommée le bassin de Murray Darling. On se demande aujourd’hui si la viticulture dans cette région est  soutenable sur le long terme compte tenu des sécheresses à répétions qu’a connu  l’ Australie cette dernière décennie. L’autre grande force de l’industrie viticole australienne réside aussi dans la capacité des grands groupes à  produire des vins iconiques  aussi bien que des entrées de gamme, ce qui a sans aussi contribuer aux succès  des petits producteurs de haute qualité qui manquaient sans doute de moyens pour exporter. Les scores stratosphériques accordés par les critiques américains ayant fait le reste.

Mais depuis le milieu des années 2000, on constate un changement perceptible dans l’attitude des consommateurs et de leur volonté d’aller vers des vins moins chargés en alcool, plus authentiques, moins boisés et d’une plus grande buvabilité. Et là,  l’ Australie, est soit mal placée, ou ne joue pas sur ses points forts. Et c’est à juste titre qu’Andreas Clark, le directeur temporaire de Wine Australia  s’inquiète quand il déclare :’ le déclin des exportations des vins australiens embouteillés sur les segments haut de gamme, dans la plupart de nos principaux marchés est inquiétant. Cela montre que la filière a encore un long chemin à parcourir avant d’améliorer la situation des vignerons et des viticulteurs et d’assurer une rentabilité durable.’ 

Les grands groupes sont souvent très mal placés pour détecter  les changements dans des désirs des consommateurs et percevoir et  analyser la concurrence dans des environnements qui changent de plus en plus vite.

Les exemples sont multiples aujourd’hui où l’on voit des groupes dont les affaires étaient florissantes il y a quelques années  se retrouver au bord du gouffre (Nokia, Blackberry etc).

 

L’ industrie viticole australienne semble se contenter de continuer à utiliser les modèles qui lui ont valu un franc succès dans les années 1990. Des entrées de gamme ‘variétales’ sans grand intérêt et des vins  fins si chargés en alcool qui certes  ont des qualités indéniables mais dont les consommateurs se fatiguent vite au-delà d’un verre. La plupart des grandes régions viticoles n’ont pas encore amorcé le changement nécessaire dans la conduite de la viticulture et de la vinification qui leur permettraient  de faire des vins moins lourds, mois chargé en alcool. Il a quand même quelques exceptions qui devraient servir de locomotives. D’abord, dans la Margaret River avec  notamment avec les vins du domaine Cullen qui  dépassent rarement les 13 o d’alcool et dont la finesse de la grande cuvée de  cabernet sauvignon ressemble à si méprendre aux grandes cuvées de Stags Leap Wine Cellars quand Warren Winiarski étaient aux commandes. La fameuse main de fer dans un gant de velours. Et puis  dans l’Eden Valley, le domaine mythique de Henschke dont les grandes cuvées de syrah. Hill Grace, Mount Elderstone et de cabernet sauvignon, Cyril Henschke ont un touché de bouche extraordinaire de finesse et d’élégance. Mais tant que la majorité des acteurs  de la filière viticole australienne continuera à penser que la Penfold Grange est  le meilleur vin d’Australie  et pas le  Hill of Grace de Henschke on peut douter qu’il  Il y ait des progrès substantiels dans ses grands groupes dont la concentration s’est encore accrue depuis 2000. Il avait eu Torbreck dans la Barossa qui avait montré, que même dans cette région très chaude, on peut faire des vins non  dénués de finesse  mais voilà on l’a mis à la porte du domaine qu’il avait créé. Pas très élégant tout cela. Belnave dans la Coonawarra produit aussi des vins au touché de bouche très fin et d’une grande suavité. Mount Langi qui utilise une proportion de plus importante de vendange entière produit une  syrah de plus en plus aérienne. La McLaren Vale reste une régions de vin lourds  . Quant aux rouges de la Clare Valley avec leurs caractéristiques de fruits rouges ils sont  littéralement renversants de puissance.

 

Pourtant l’Australie n’est pas dénuée d’atouts. Elle produit des petites merveilles en riesling dans la Frankland River, la Clare et l’Eden Valley mais les grands groupes préfèrent faire  vins insipides, manipulés qui s’apparentent plus à des boissons alcoolisées qu’à des vins.  

Et que dire des petites merveilles que sont les sémillons de la Hunter Valley, cette région tellement chaude et pluvieuse où on ne devrait pas pouvoir faire de vin.  Des sémillons qui titrent à peine plus de 10 o C et dont les producteurs sont prêts à attendre 5 ans avant de les mettre sur le marché pour qu’ils gagnent en complexité mais dont les ventes sont en chute libre depuis des années.

Il semble bien que, contrairement aux années 1990 où les grands groupes avaient été les contributeurs majeurs au succès   de l’Australie à l’ export, que ce soit les petits domaines qui vont remettre l’industrie viticole  sur les rails. Une grande question reste posée : l’Australie peut-elle être un pays producteur  de large volume de vin dans un contexte de réchauffement et de dérèglement  climatique ?

pluie après la secheresse.jpg

Pluies torrentielles après une décennie de sécheresse

 

Commentaires

Merci pour votre intéressante analyse qui nous donne à comprendre la rapidité et des causes des évolutions qui secouent les marchés du vin et pas seulement l'Australie...

Écrit par : Elisabeth Poulain | mercredi, 19 février 2014

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