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dimanche, 23 février 2014

VITICULTURE

VENDANGES EN VERT : UNE  TECHNIQUE CONTREVERSEE


Claude Gilois

La vendange en vert consiste à réduire la quantité de raisin sur chaque cep juste avant la véraison (quand les raisins sont encore vert d’où son nom)  pour favoriser une meilleure maturation des raisins restants.   Les rendements étant diminués,  les raisins donnent moins de jus et  les vins sont plus concentrés. Au moins c’est la théorie qui sous-tend cette technique. Si elle  est  effectuée trop tôt, la vigne compensera  en faisant grossir les grappes annulant ainsi, de fait, le résultat de l’opération.

Cette technique est loin de faire l’unanimité. Beaucoup y voient une technique à la mode qui n’apporte pas grand-chose car, bien conduite, la vigne se régule d’elle-même. On peut donc y voir un manque de rigueur dans la conduite de la vigne en amont, en particulier une taille trop longue qui favorise les rendements élevés ou des porte-greffes trop vigoureux ou tout simplement une mauvaise gestion de la vigueur de la vigne avec un apport trop important de fertilisants . C’est vrai qu’il est tentant de tailler un peu plus long  au cas où la floraison serait difficile et de rectifier la situation avec des vendanges en vert si la charge sur la vigne s’avère un peu trop prolifique. Mais on doute qu’une vendange en vert de 15% du permette  de réduire de  15% la quantité de jus.  Il faut donc sans doute accepter que certains millésimes soient plus généreux que d’autres. La vendange en vert pose un certain nombre de problèmes de nature différente suivant la climatologie des vignobles. Dans le vignobles de régions fraîches (Bordeaux et Bourgogne en particulier), on ne sait pas quel  temps il fera  en août et en septembre. Il est donc bien difficile d’ajuster la vendange en vert aux conditions climatiques à venir et dont on ne connaît pas la teneur. Le vendange en vert se fait donc d’une manière très empirique sur l’impression que l’on a du millésime à venir. 

C’est Petrus qui en 1973 fut le premier à utiliser cette technique et Margaux le fit en 1986.  Certains domaines ne pratiquent la vendange en vert que sur les jeunes vignes qui sont en général plus vigoureuses. Certains viticulteurs, comme Manfred Kranl  à Sine Qua Non en Californie ne partagent pas ce point de vue en argumentant que l’on peut très bien  contrôler la vigueur des jeunes  vignes en réduisant au minimum les apports  pour en contrôler  naturellement la vigueur sans vendange en vert.  ‘La vendange en vert c’est un peu appuyer sur l’ accélérateur et le frein en même temps’ remarque Bruno Prats au  Clos d’Estournel.

Les détracteurs de la vendange en vert y voient une forme d’assurance pour les viticulteurs. On taille pour faire des rendements de  75 hectolitres à l’hectare. Si la floraison est bonne on vendange en vert et on obtiendra 50 h/l à l’hectare et, si elle n’est pas bonne, elle limitera les rendements à 50 h/l naturellement. Par contre, si on taille correctement pour obtenir 50 hectolitres par hectare dès le départ on risque de se retrouver à 25 hl/h. Mais est-ce vraiment si simple. Non répond Paul Draper du domaine de Ridge  qui remarque : ‘ les conditions climatiques sur le Monte Bello, où se trouve le domaine, sont particulièrement difficiles à la floraison  une année sur trois et la floraison peut réduire les rendements d’une manière drastique si bien qu’ il se crée un déséquilibre dans  le fonctionnement normal de la vigne. Il se peut que des  rendements de 25 hectolitres par hectare en Bourgogne soient  parfaitement acceptables mais dans les pays plus chauds, il semble que les faibles rendements aient  un effet aussi négatif que les rendements trop élevés. Et Paul  Draper d’ajouter ‘ pour moi, cela ne fait pas partie des méthodes interventionnistes on doit plutôt la  considérer  comme un encouragement pour la vigne à donner ses meilleurs résultats.'

Comme toujours en viticulture les choses ne sont jamais simples et tout est histoire de compromis. L’équilibre de la vigne semble le point le plus important. Trop de rendements ou pas assez de rendements vont produire un déséquilibre. C’est vrai en particulier pour les pays plus chauds où des rendements faibles contribuent sans doute beaucoup plus au déséquilibre que dans les régions plus fraîches. C’est l’équilibre entre la masse foliaire et le nombre de grappes et le climat qui est important. Cet équilibre crée plus ou mois de rendement suivant les terroirs et les conditions climatiques.

 

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