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samedi, 29 mars 2014

LA CRIMEE VITICOLE

CRIMÉE : L’UKRAINE PERD SA  GRANDE RÉGION VITICOLE ET SA CAVERNE D’ ALI BABA 

 

 


Claude Gilois

C’ est une des conséquences de l’annexion de la Crimée par la Russie, qui certes n’a pas fait la une de la presse, mais la perte la cave de Massandra et de l’Institut Magaratch n’en constitue pas moins un remodelage majeur de la carte viticole de la région. L’ Ukraine cesse d’ être  un pays viticole alors que la Russie en devient un.  Peu connue, même des spécialistes,  la  Crimée  est un grand terroir viticole pour les liquoreux et la cave de Massandra et l’ Institut viticole de Magaratch sont uniques au monde  au monde. Dans les entrailles de la terre, creusée à même la montagne, elle recèle plus d’un million de bouteilles de collection dont cinq bouteilles de Jerez de la Frontera de 1775. Une bouteille a été vendue aux enchères le 17 octobre  2001 par Sotheby’s à Londres. Elle trouva acquéreur pour quarante trois mille cinq cents  dollar, achetée, semble-t-il, par une mystérieuse dame asiatique qui était prête à enchérir jusqu'à 100,000 dollars.  Indubitablement, la cave de Massandra  est au vin ce que la grande bibliothèque d’ Alexandrie fut au livre dans l’Antiquité.  Jorge Luis Borges a écrit à propos de la seconde, ‘qu’elle n’eut pu qu’être que  l’œuvre d’un dieu’ .  Si la première a été créée par l’ultime tsar de toutes  les Russies, on peut aussi y voir la main de Dieu tellement  le lieu est magique et mythique. La cave de  Massandra  a survécu à toutes les péripéties,  toutes les turpitudes, à toutes les folies de l’histoire tourbillonnante  de la Russie. Elle a connu la fin de l’Empire tsariste, la révolution bolchevique, la collectivisation à marche forcée, la terreur stalinienne, l’occupation nazie, les déportations massives avant et après la guerre mondiale, la déstalinisation, la perestroïka, le retour brutal du capitalisme. Avant l’annexion de la Crimée par la Russie, Massandra était encore un  Sovkhoze synonyme d’entreprise contrôlée par l’état, la dernière dans ce pays.    Elle survécut même à l’invasion   de l’ Allemagne en 1941. Staline dépêcha trois navires pour embarquer, à la hâte la collection qui fut cachée dans trois endroits différents loin du front. A la fin de la guerre, elle fut restituée intacte à Massandra.

La partie du littoral Sud--est de la Crimée, qui va de Yalta à Nowy Svet est très propice à la culture de la vigne. Le vignoble s’étend aujourd’hui sur 25,000 hectares. Il est exposé au soleil levant, à l’abri de la froidure extrême et des fortes pluies qu’apportent les vents dominants venus de l’ouest et  du nord. La mer joue, entre autres, un rôle de régulateur thermique qui tempère les extrêmes de température. La pluviométrie ne dépasse pas 600 mm et son ensoleillement est de deux mille à deux mille cinq cents heures par an. Des conditions idéales pour la culture de la vigne mais le vignoble qui plonge dans la mer Noire est menacé par  l’urbanisation galopante  dans cette région qui abrite les belles dachas des apparatchiks de la Russie et de l’Ukraine.

 

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La culture de la vigne aurait été introduite trois mille ans avant Jésus-Christ par les cimmériens. Pour maintenir le cep droit, bien exposé au soleil, ils auraient été les inventeurs du système dit ‘maglari’ qui consiste à lui faire prendre appui sur un arbre  et à l’enrouler autour en le laissant grimper comme un serpent autour de l’arbre. Si les premiers à produire du vin qui méritât ce nom furent les Grecs antiques quand ils colonisèrent la péninsule, il faudra attendre le début du XIX siècle   pour que le vignoble prenne son essor sous l’impulsion de deux passionnés, le prince Lev Sergueïevitch Golitsyne, descendant de l’une des plus anciennes familles aristocratiques Russe, qui fut l’initiateur de cette entreprise et du tsar Nicolas II, qui en fut le mécène.  Après des tentatives infructueuses pour obtenir des résultats  dignes des grands vins produits en Europe, le domaine se consacra à la production des vins liquoreux. On ne sait pas si ce choix fut empirique ou rationnel mais il s’avéra judicieux, car, le terroir de Massandra est un fabuleux terroir de schistes similaire à la région du Douro au Portugal et particulièrement adapté à l’élaboration des liquoreux. Tous les grands liquoreux du monde y sont représentés, le  ‘porto’ rouge et blanc, le ‘madère’, le ‘marsala’, le ‘tokaji’ , le muscat blancs, rosé et noir, le bastrado, le kagor. Ce ne sont pas des pales  copies des vins produits sur les terroirs d’origine, car chacun possède une personnalité qui reflète le terroir et le savoir-faire du domaine.

Quand en 1894, Nicolas II succéda à son père Alexandre III, il fit de  Golitsyne son caviste attitré car lors de ses pérégrinations  en France, Espagne, Italie et au Portugal  il s’était constitué une cave de trente mille bouteilles de tous les crus prestigieux. A peine couronné, le nouveau tsar de toutes les  Russie, qui serait le dernier, fonda le domaine de Massandra sur 40 hectares pour fournir  la Cour royale en vin de qualité confia à Golitsyne la charge de sélectionner les meilleurs vins du monde  pour sa cave. Et la cave, il fallut la construire et elle devait être à la hauteur des ambitions du tsar. La cave de Massandra comprend trois étages de sept galeries de cent cinquante mètres chacune qui s’enfoncent perpendiculairement dans le flanc de la montagne presque aussi verticale qu’une falaise à cet endroit. Les galeries débouchent toutes sur une autre, immense celle-ci à chacun des trois niveaux et  est parcourue par des passerelles qui courent sur toute la longueur. C’est là que l’on entrepose, les millésimes de chaque vendange. Enfin,  au niveau le plus bas, parallèle à cette gigantesque galerie,  se trouve une autre galerie, qui est en quelque sorte la nef d’une cathédral où sont conservés les joyaux, le Jerez 1917, l’année de la révolution et de l’assassinat de Nicolas  II et les cinq bouteilles du fameux Jerez de 1775.

 

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Il est trop tôt pour savoir quel sort la Russie réservera à la Cave de Massandra et à l’ Institut Magaratch. Osons espérer qu’elle maintiendra le statu quo qui à prévalu pendant toute l’histoire de la Cave.

  

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 Massandra Muscat de la Pierre Rouge 2005

 

Nommé ainsi parce que  les raisins qui entrent dans la composition  proviennent d’un vignoble cerné par une protubérance rocheuse en forme de mamelon sur le flanc d’un coteau qui a une curieuse teinte vermillon.  Arômes de nèfle, de melon, de pêche d’abricot avec des nuances de banane et de fruits exotiques. Belle persistance aromatique belle acidité sur ce vin qui possède une belle allonge de bouche. 15/10.

 

Massandra Bastado de Magaratch 2006

 

Cépage originaire du jura, le trousseau mais appelé Bastardo au Portugal où il entre dans la composition de certains portos. C’est un croisement de petit verdot et de duras.

Robe noire violine, ce vin étonne par sa saveur de fruits concentrés comme un coulis de figues mures  aux nuances de tapenade. Belle concertation avec beaucoup de gourmandise. Unique. 15.5/20.

 

Massandra ‘Madère’  1983

Un assemblage de sercial, verdhelo et albilo. Subtil, qui ressemble à un amontillado. C’est nerveux, fin  avec une belle oxydation ménagée. Sur la noix et l’amande grillée. L’acidité renforce  sa belle allonge de bouche . 14.5/20.

 

Massandra ‘Porto' 1975

 

Fait uniquement à partir du cépage Kokur, qui n’est pas sans ressembler au sémillon.. provient d’une sélection parcellaire  qui s’appelle Suroz. Le vin oscille sans arrêt  entre le sec et le doux. C’est délicat et d’une belle persistance en bouche.14.5/20.

 

Massandra Muscat de la Pierre Rouge 1966

 

D’ une incroyable finesse aux saveurs d’agrumes, d’abricots et de  pèches rehaussées d’une jolie pointe de menthe. C’est riche et cristallin à la fois. La finale est longue sur l’agrume, la nèfle et la pâte d’amande.15.5/20.

 

Massandra Muscat de Livadia 1975

 

Nommé ainsi car les tsars passaient beaucoup de temps dans leur palais de Lividia à Yalta. Superbes arômes évolués de muscat, sur la pêche jaune et le pétale de rose. Merveilleusement équilibré et harmonieux, il finit sur un léger rancio et sur la pâte d’amande.16/20.

 

Muscat rosé Gursuff 1937

 

Difficile de faire mieux. Robe ambrée, arômes tertiaires d’infusion et d’encens. Sa palette aromatique est soulignée par la pâte de fruits, la cire d’abeille et les fruits jaunes. La douceur du vin  est  bien gérée avec des saveurs de rancio et de fruit secs. Finale éblouissante sans aucune lourdeur et le vin est toujours fringant. 

Commentaires

C'est un très bel article qui permet d'avoir une autre vision de la Crimée décrite dans les médias.

Écrit par : Arsène Bacchus | mercredi, 02 avril 2014

Merci pour cette article. Il y a des jours ou on se couche moins bète

Écrit par : berthoumieu jean paul | lundi, 07 avril 2014

Les commentaires sont fermés.

 
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