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mardi, 01 juillet 2014

CHANGEMENT CLIMATIQUE

CHANGEMENT CLIMATIQUE : MENACES ET OPPORTUNITES POUR LA VIGNE


Claude Gilois

C’est sans doute dans le vignoble que l’on trouvera le moins de climato-sceptiques. Peu, doute  de l’existence d’un début de dérèglement climatique. La plupart y font déjà face et ont commencé à s’adapter de diverses manières. Certaines régions en ont même bénéficié jusqu ‘à présent ( Bordeaux, Piémont). D’autres, par contre, en subissent plus gravement les conséquences comme certaines régions du Chili et de l’Australie.

Il existe peu de doute aujourd’hui que le dérèglement climatique n’est pas uniquement une élévation  des températures au fil du temps mais qu’il s’accompagne aussi  de phénomènes extrêmes que l’on considère de plus en plus comme des aberrations climatiques  et  qui sont plus difficiles à gérer. 

Est-il possible, dans les mains de grands viticulteurs et sur des grands terroirs que  ces menaces  créées par ces phénomènes extrêmes puissent se transformer en opportunités pour permettre l’élaboration de grands vins ?  Si on regarde les rapports  d’Alvaro Palacios à Grattalops et à Bierzo, c’est ce qui s’est passé en 2013.  Les analyses d’Alvaro sont précises, détaillés et fines et mettent particulièrement bien en lumière le rapport terroir/climat.

 

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Alavaro décrit le millésime 2013 comme : ’ un millésime compliqué mais grand’. Le millésime est un millésime influencé par l’Atlantique plutôt que par la Méditerranée car le temps fut atypique et plus frais que dans les autres millésimes. Les pluies, toujours un facteur de prime importance à Bierzo, furent abondantes. Alavaro Palaciois décrit l’arrivée de la floraison et de la maturation des raisins  comme une période ‘timide et indécise’, ce qui réduisit les rendements, et il ajoute : ‘ cela était déjà annonciateur d’un millésime complexe, laborieux mais extraordinaire’. Mais la situation allait encore se compliquer avec l’arrivée de la grêle qui détruisit une grande partie de la récolte dans des parcelles  aussi prestigieuses que celles de  San Martin et El Ferro où se trouve le vignoble emblématique, La Faraona. L’été : ‘on ne le vit presque pas’ affirme Alvaro. Les températures furent douces  et l’absence de lumière qui caractérisa ce millésime  allait permettre une période de maturation lente du raisin sur la vigne et allait provoquer un retard d’environ 3 semaines de la vendange qui commença le 23 septembre  dans des conditions parfaites. Pourtant, encore une fois, la situation allait se compliquer avec l’ arrivée de la pluie qui déversa parfois jusqu’à 20 millimètres d’eau  par jour. Mais les vignobles, plantés sur des pentes souvent dramatiques, héritage de la  tradition ancienne de la viticulture dans cette région, allaient montrer leur résilience face à l’adversité. L’altitude, le sol, le drainage, les rendements minuscules permirent  d’absorber cette situation défavorable sans compromettre la qualité du raisin sans doute habitué à des conditions qui seraient dramatiques dans d’autres régions.

Les vins sont remarquables par leur fraîcheur, leur délicatesse et leur finesse, d’une très grande minéralité avec des notes florales et le côté fumé du minéral apporté par le sol d’ardoises décomposées. Ils  rappellent  les premiers millésimes du domaine avant que l’influence méditerranéenne  triomphe sur l’influence atlantique.

 

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Quant au millésime 2013  à Grattalops, Alavrao Palaciois le décrit comme un millésime où la qualité compense la rareté. Il ajoute :’ De faibles quantités de raisins exceptionnels les plus riches en anthocyanes depuis la création du domaine il y a 25 ans.

Les vieilles grenaches du domaine  n’ont réussi à produire qu’un tiers des rendements habituels après une floraison désastreuse en retard de 4 semaines.  L’hiver fut l’un des hivers les plus pluvieux que l’on ait jamais connu dans cette région  ( 41 et 43 mm de pluie en janvier et février et 200 mm de pluie en mars et avril, ce qui perturba grandement la floraison. Par contre,  l’été fut particulièrement sec avec seulement 28 mm de pluie entre juillet et octobre. L’hiver fut  aussi beaucoup plus froid qu’en 2012 avec 14 jours de gel en novembre et décembre et 12 jours en janvier et févier, ce qui eut pour but d’éliminer une grande partie des ravageurs de la vigne.  Les retards à la floraison couplés  avec une absence de pluie pendant l’été allaient permettre  la vendange la plus tardive jamais vue au domaine.  Le vignoble de Finca Dofi fut vendangé le 10 octobre et celui de l’Ermita le 4 novembre.

Tous ces événements climatiques inhabituels  s’additionnent pour produire un millésime d’exception d’une grande fraîcheur et profondeur avec des vins aux  tanins mûrs et lisses et  qui avec  la fluidité du cépage grenache apportent de l’éclat , de la vitalité et de la pureté et un  potentiel de grade fabuleux. Un très grand millésime.

 

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Si l’on se hasarde à une conclusion de cette analyse, on peut sans doute déjà conclure que le réchauffement climatique aura beaucoup plus d’influence sur la viticulture industrielle effectuée sur des terroirs  souvent quelconques. Par contre, les grands terroirs dans les mains de grands viticulteurs ont les capacités à répondre à l’adversité  et semblent   à même de sublimer les conditions les plus extrêmes.

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