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lundi, 04 janvier 2016

CHANGEMENT CLIMATIQUE ET VIN (PARTIE 3 DE 3)

VERS UNE PLUS GRANDE MANIPULATION DANS LES VIGNOBLES ET DANS LES CHAIS ?


Claude Gilois

LA CREATION DE NOUVELLES VARIETES PLUS RESITANTES A LA SECHERESSE ET A LA CHALEUR

 

il existe trois techniques pour  pour améliorer ou créer de nouveaux cépages 

 

Par hybridation

 

C’est la méthode ancestrale  de croisement des espèces pour en améliorer la qualité et la quantité. En croisant les diverses espèces, on croise aussi le matériel génétique ce qui  améliore la résistance de la plante.  

La recherche sur l’hybridation de ces quarante dernières années  doit beaucoup au travail d’Alain Bouquet de l’INRA de Montpellier. En initiant un programme de recherche en 1974, il a croisé Vitis vinifera avec Muscadinia rotondifolia, une espèce américaine disposant de gènes résistant au phylloxera, aux nématodes, au mildiou et à l’oïdium. A partir de ce premier  croisement , il a ensuite croisé des variétés connues de Vitis comme le merlot, le grenache ou le cabernet sauvignon pour obtenir des variétés  conservant  tous les caractères de résistance de  Muscadinia rotondifolia.  A la disparition d’Alain Bouquet, la collection a été transférée à l’INRA de Colmar, mais  l’INRA a toujours refusé d’autoriser (hors essais contrôlés)  ces nouveaux cépages parce qu’ils n'offraient qu’une résistance monogénique (un seul gène de résistance aux maladies) que les ravageurs pouvaient contourner et l’INRA préférait attendre le développement   de variétés polygéniques (plusieurs gènes de résistance) et remplacer les parcelles expérimentales avec ces variétés polygéniques. Cette décision d’interdiction des cépages monogéniques n’a pas fait l’unanimité et des universitaires de haut rang sont montés au créneau pour dénoncer la position intransigeante de l’INRA. 

Aujourd’hui, il existe des cépages hybrides en France (5 rouges et un blanc) de deuxième génération, offrant une résistance polygénique ( plusieurs gènes sont résistants) qui sont en phase  d’expérimentation en plein champ et répartis sur quatre sites en France. Si ces cultures donnent des résultats probants, ils pourraient être autorisés en 2016. Il s’écoule en moyenne 20 à 25 ans avant de pouvoir mettre une nouvelle variété sur le marché qui présente des aptitudes oenologiques et agronomiques intéressantes. 

La France  n’est pas le seul pays à utiliser cette technique pour produire de nouveaux cépages. La Suisse, petit pays viticole, mais de grande diversité variétale (plus de 60 cépages) a déjà introduit avec succès un cépage hybride, le Gamaret, résistant au botrytis,  qui est aujourd’hui le cépage le plus planté en Suisse. L’institut allemand de Fribourg a aussi fait des croisements à partir de  Vitis amurensis d’origine asiatique et ces croisements ont abouti à la création des cépages solaris, souvignier gris et muscaris. L’institut allemand de Fribourg a créé 7 variétés rouges et 7 blanches actuellement inscrites au catalogue, ou en cours d’inscription avec des cépages aux noms évocateurs comme  le cabernet cortis,  le cabernet carol, le cabernet carbon,  le prior,  le monarch et le baron.

Toutes ces variétés sont cultivées sur 3 000 hectares dans 25 pays : Union Européenne, Afrique du Sud, Chili, Australie, Nouvelle-Zélande, etc. Elles sont autorisées en Europe pour produire des AOPs (Appellations d’ Origine Protégée) car elles sont inscrites comme des Vitis vinifera, grâce à leurs caractéristiques morphologiques. 

Il faut tout même préciser que toutes les variétés produites à partir de l’hybridation sont de nouvelles variétés et il est impossible par cette technique d’améliorer la résistance génétique des cépages existants. Seul le clonage permet la réplication à l’identique mais ne modifie en rien la diversité génétique et constitue même un appauvrissement par rapport à la sélection massale. Cela n’est donc pas sans poser de problèmes pour les  cépages qui font la réputation des grandes régions viticoles comme la Bourgogne et le Bordelais ou le Rhône.

 

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Par les organismes génétiquement modifiés (OGM)

 

OGM.jpg

Un organisme  génétiquement modifié est  un organisme vivant dont le patrimoine génétique a été modifié par l'homme. La définition américaine est plus large car elle  inclut aussi les modifications artificielles. On insère dans un génome, une petite partie de l’ADN d’un micro-organisme ou d’un virus  (le transgène) dans un autre organisme  pour modifier ses caractéristiques  génétiques. Dans le cas de la vigne, le but principal est de  rendre la plante plus résistante  aux maladies des ravageurs. C’est ce type d’expériences qui a été entrepris par l’INRA de Colmar de 2003 à 2010 . Le but était de tester la résistance d’une vigne transgénique (génétiquement modifiée)  à la maladie virale du court noué, une maladie transmise par des petits vers, les nématodes. Ce vignoble expérimental allait être détruit par un faucheur sauvage le 15 aout 2010. Rappelons que le tribunal administratif de Strasbourg avait annulé cet essai, (conduit à bien des égards d'une manière exemplaire), quelques jours auparavant, estimant que son autorisation, délivrée par le ministère de l’Agriculture, était illégale. Le tribunal administratif fondait son annulation sur l’incompatibilité de l’autorisation avec la directive européenne 2001/18 qui encadre les OGM.  L’INRA avait  fait appel de ce jugement. 

On peut se demander légitimement pourquoi une technique aussi intéressante (toute l’insuline aujourd’hui utilisée pour soigner le diabète est produite par des OGMs) fait face un tel rejet. L’histoire du dévelopement  des OGMs  nous permet de comprendre ce rejet.  

C’ est en 1972 que la première expérience de création d’un organisme trangénique a eu lieu. Devant la puissance des outils à leur disposition, les scientifiques décidèrent un moratoire sur l’utilisation de cette technique, moratoire qui ne sera levé qu’en 1977. En 1980, la Cour Suprême des États Unis admet, pour la première fois au monde, le principe de brevetabilité  du vivant et  en 1992, l’Union Européenne lui emboîte le pas. En 1998,  l’OCDE adopte le principe ‘d’équivalence en substance’ qui stipule que, si un aliment ou un composé alimentaire est essentiellement semblable à un aliment ou à un composé alimentaire existant, il peut être traité de la même manière en ce qui concerne la sécurité  ce qui dispense les OGMs de tout test de toxicité et de tout étiquetage spécial.

Dès lors que le génie génétique fut perçu comme une opportunité d’investissement de centaines de milliards d’Euros, les normes scientifiques et éthiques s’effacèrent  au profit des normes du mercantilisme commercial.

Et c’est bien là que le bât blesse car ces techniques, capables de modifier le vivant, échappèrent pendant longtemps  au contrôle des dirigeants politiques et ne furent pas  soumises  aux règles démocratiques  (au travers de comités  scientifiques ou de sages)  mais laissées entre les mains  des puissantes  entreprises commerciales multinationales et de leurs lobbyistes . C’est ainsi qu’elles ont pu coloniser un grand nombre de pays avant que la l’Europe citoyenne ne s’alarme et force le blocage de  leur entrée dans la majorité des pays de l’union.

Dans ces conditions, il semble bien difficile aujourd’hui d’entrevoir une solution OGM pour  le renforcement génétique  du patrimoine viticole européen même si celle-ci est en théorie possible. 

 

OGM1.jpg

Par   Évaluation Génomique : Sélection Assistée par Marqueurs (SAM) et combinée à la Sélection Génomique (SG)

 

Au fil du temps, le  génome de la vigne domestiquée a été modifié soit naturellement par  des mutations qui produisent des polymorphismes génétiques (des formes différentes d’un même gène[1]) et artificiellement par hybridation pour obtenir certains traits spécifiques voulus.

La technique d’évaluation génomique  examine  les variantes génétiques du plus grands nombres de cépages possibles pour voir si ces variantes sont associées avec un trait particulier de la plante. Cette  technique, aussi appelée technologie des puces ADN (ou puces à gènes ou encore biopuces),   consiste à identifier  des milliers de marqueurs répartis sur l’ensemble du  patrimoine génétique plutôt que d’identifier les gènes. Ces marqueurs  appelées SNP  (abréviation du terme anglais Single Nucleotide Polymorphism), prononcée SNIP, traduction française (peu utilisée): polymorphisme lié à un seul nucléotide). Les SNPs peuvent être déterminés en laboratoire, en une seule fois et à un prix relativement avantageux (0,5 Euros). A partir des SNPs et de logiciels informatiques puissants,  il est possible de classer  les gènes en fonction de leur ressemblance de leur séquence (donc de leurs fonctions) et de voir si ces variations sont associées à un trait particulier de la plante. Cette technique permet, si l’on dispose d’un nombre suffisant de marqueurs génétiques, d’identifier les gènes qui codent pour  le goût, la résistance aux maladies, la couleur, la date de floraison et de véraison, la résistance à la chaleur et à la sècheresse etc. Il est donc tout à fait concevable   de maintenir les caractéristiques voulues des cépages comme le goût  dès lors qu’elles  sont associées à des gênes tout en effectuant des modifications génétiques pour accroître la résistance de la plante. En effet, il existe de nombreux gènes de résistance dans les 72 espèces de Vitis existantes aujourd’hui dans le monde. On peut  donc introduire certains de ces gènes dans la plante Vitis vinifera donc d’en changer d’une manière radicale ses caractéristiques génétiques et les rendre résistantes aux maladies de la vigne   sans pour autant changer  les  caractéristiques organoleptiques des cépages. Contrairement aux organismes génétiquement modifiés, on n'introduit pas de transgènes (de gênes modifiés). La technique permet aussi de court-circuiter le long développement  qui est nécessaire à l’évaluation de   l’hybridation conventionnelle car elle  permet de tester les jeunes plants et d’éliminer 90% des plants  qui ne possèdent pas les caractéristiques voulues sur les seules analyses génétiques sans avoir à attendre 3 ans avant que ceux-ci révèlent leurs caractéristiques. 

 

GENE.jpg

 

LIMITER L’USAGE DU BOIS, EN PARTICULIER DU BOIS NEUF ET PRIVILIGIER LES GRANDS CONTENANTS

 

Le fardage par le bois, que l’on a connu ces quarante dernières années, alourdit considérablement le vin dont le goûts ressemblent plus, dans certains cas, à de la planche de chêne plus qu’à du vin. La tendance s’est inversée ces dix dernières années et la proportion de bois neuf a fortement diminué quand celui-ci n’a pas tout simplement été éliminé. Les demi-muids et les foudres sont de plus en plus visibles dans les chais ainsi que les œufs et les amphores.

 

 

ACCROITRE LE POURCENTAGE DE VENDANGE ENTIERE

 

Cette technique qui existe en Bourgogne depuis des lustres est de plus en plus employée ces dix dernières années dans d’autres parties du monde. Elle a ses fans et ses détracteurs. Une proportion de vendange entière avec des raisins en limite de maturité apporte une certaine verdeur au vin car il semble qui il ait un décalage faible mais réel en la maturité du raisin et de la rafle. C’est pourquoi certain viticulteur chauffe ou sèche la rafle avant de l’introduire dans les moûts. L’addition de rafle apporte plus de légèreté et de finesse au vin et le réchauffement climatique devrait apporter des rafles plus mûres que par le passé

 

SUPPRIMER LA FERMENTATION MALOLACTIC SUR LES BLANCS

C’est bien sur un moyen de conserver de l’acidité dans les vins donc de la fraicheur.

 

LA DESALCOOLISATION DES VINS : DR JEKIL OU MR HIDE

 

La désalcoolisation du vin fini.

 

Plusieurs techniques existent:

 

La technique membranaire ou osmose inverse :

 

Une première filtration permet d’extraire l’eau et l’alcool qui passent ensuite par un système membranaire hydrophobe (qui repousse l’eau)  et qui permet de séparer l’alcool de l’eau. L’eau est réintroduite dans le vin pour éviter toute concentration.

 

OSMOSE INVERSE.jpg

La technique de la colonne à cônes rotatifs (spinning cone technique)

 

Elle est utilisée principalement en Australie et en Californie.

Pas franchement une technique nouvelle puisqu’elle date des années trente où elle a été utilisée dans l’industrie nucléaire pour traiter l’eau lourde. C’est une technique qui s’apparente fortement à une distillation directe mécanique, effectuée sous vide et à température ambiante. Ce matériel se compose d’un cylindre vertical à l’intérieur duquel se trouve deux séries de cônes inversés dans lequel le liquide est acheminé. Un premier passage va permettre de récupérer les arômes. Le vin subit un second passage au cours duquel il est désalcoolisé. Les arômes et le vin sont ensuite reconstitués

 

SPINNING CONES.jpg

Le retrait partiel du sucre ou désucrage du jus.

 

Cette technique en en tout point similaire à la technique de l’osmose inverse. On isole une partie des sucres qui ne seront pas fermentés et donneront des vins aux degrés d’alcool plus faibles.

L'Union Européenne permet une reduction d'alcool de 20% mais l'IRNA voudrait réduire  le diminution d'alcool a 2 o pour les AOPs.  

L’UTILISATION DES SUBSTANCES DE LA CHIMIE DE SYNTHESE

 

Depuis une cinquantaine d’années, l’invasion de la chimie de synthèse dans l’élaboration des vins n’a cessé de s’accroitre si bien qu’il existe aujourd’hui quelque 300 substances chimiques autorisées par L’INAO pour l’élaboration des vins et qui sont présentes, en général, dans les levures de synthèse utilisée dans l’élaboration des vins industriels qui représentent environ 85% de la consommation mondiale. On ne consomme plus du vin en tant que produit naturel fait à partir de raisin et transformé par des levures naturelles mais des boissons synthétiques à base de vin.

Avec le réchauffement climatique, cette tendance va encore s’accélérer pour contrecarrer chimiquement les effets du réchauffement climatique. Cela va encore accroitre la division entre clients lambdas et amateurs un peu avertis.

MECANIQUE QUNATIQUE.jpg

 

[1] Les groups sanguins A, B, AB, O en sont des exemples pertinents chez l’home.

Commentaires

Quel Travail ! Superbe Analyse !....
Parfaitement renseigné !
Au moins même moi je comprend alors donc

il y a bien une Magie Gilois !!!
Merci !
et encore pour tout 2016 !
Belle et Heureuse Année à Toutes et Tous
"Pàce è Salute è Libertà " (Paix , Santé , Liberté) et des Joies .
Une grande pensée pour Claude et les siens pour une année sereine .

Écrit par : Alphonse | mercredi, 13 janvier 2016

Les commentaires sont fermés.

 
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