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lundi, 28 mars 2016

VINS BLANCS SANS CEPAGES INTERNATIONNAUX (PARTIE 2 DE 2)

PEUT-ON FAIRE DE GRANDS VINS SANS LES CEPAGES INTERNATIONNAUX ?


Claude Gilois

 

A Charlotte Paressant

Et à Eric Morlot, lecteurs et

relecteurs assidus

 

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Vieille vigne d'Assyrtiko sur l' île de Santorin

LES VINS BLANCS

 

En l’absence de définition très précise de cette catégorie de cépages, j’en ai donné ma propre interprétation dans l’article précèdent et identifié sept cépages suffisamment plantés et qualitatifs pour prétendre faire partie de ce groupe. Le riesling n’en faisait pas partie car il n‘arrive seulement qu’en 18eme positon dans le palmarès établi par les auteurs de l’étude australienne sur la répartition mondiale des cépages. Par contre, il produit des vins hautement qualitatifs dans des régions très différentes aussi bien dans l’hémisphère sud que dans l’hémisphère nord. C’est le grand cépage de l’Alsace et de l’Allemagne. On le retrouve aussi en Autriche dans la Wachau, le Kamptal et le kremstal sur des terroirs pentus à forte proportion d’ardoise. Il réussit extraordinairement bien sur les terroirs d’altitude de la Clare Valley et de l’Eden Valley aussi à forte proportion d’ardoise en Australie-Méridionale et dans la Frankland River en Australie-Occidentale. Il se développe aussi en Californie, en particulier sous l’impulsion de Randall Grahm de Bonny Doon qui en a fait son principal cheval de bataille pour ses blancs. Il est de plus en plus présent en Nouvelle-Zélande où il donne de très bons résultats chez Felton Road, Fromm en Central Otago et à Craggy Range à Martinborough. Sa distribution géographique et la qualité des vins produits le mettre sans doute dans la catégorie des cépages internationaux. Nos sept mercenaires sont maintenant devenu huit.

 

Alors peut-on faire des grands vins blancs avec d’autres cépages que ceux appelés internationaux ? Encore une fois la liste est loin d’être exhaustive.

 

LA PETITER ARVINE

 

Même s’il y a une affinité avec certains cépages du Val d’Aoste, on considère aujourd’hui ce cépage comme exclusivement Valaisan. C’est un cépage tardif et qui requière les meilleures expositions souvent sur les coteaux pentus aux alentours de la ville de Fully où on atteste sa présence depuis 1602. En 1990, il n’y avait plus que 30 hectares en production mais on en compte aujourd’hui environ 180. C’est un cépage fragile qui possède une très belle acidité. On peut donc le travailler en sec, en vendange tardive ou en liquoreux (flétri). Ce sont les mots pamplemousse, mandarine et rhubarbe qui captent le mieux les arômes et les saveurs de ce cépage. Les plus beaux vins de petite arvine sur l’ensemble de la gamme viennent très certainement de la reine de la viticulture valaisanne, Marie Thérèse Chappaz du domaine La Liaudisaz. Mais de très beaux vins aussi élaborés chez Benoît Dorsaz, Denis Mercier ainsi que chez une bonne quinzaine d’autres producteurs.

 

MARIE THERESE CHAPPAZ.jpg

Marie Thérèse Chappaz

LE GRÜNER VELTLINER

 

C’est le cépage le plus cultivé en Autriche et il est issu d’un croisement entre le traminer (savagnin) et le saint-georges (st. georgener-rebe). On en compte aujourd’hui environ 18,000 hectares et il représente 33% de l’encépagement autrichien. Il donne ses meilleurs résultats dans les grandes régions de riesling (Wachau. Kempstal et Kamptal au nord-ouest de Viennes) avec lequel il cohabite sur des vignobles en terrasses à forte proportion d’ardoise et de loess, un limon fertile. Sur les autres terroirs où les rendements sont parfois élevés, il donne des vins d’expression plus simple. C’est l’épice et le poivre qui caractérisent le mieux ce cépage. Sur les grands terroirs et dans les meilleurs millésimes, le Grüner Velteliner peut acquérir des caractéristiques qui ne sont pas sans ressembler au chardonnay (Jancis Robinson). C’est dans la Wachau que la législation impose le plus d’exigences sur la qualité des vins mais les meilleurs producteurs des deux autres régions n’ont rien à envier à la Wachau.  Les meilleurs producteurs sont Bündlmayer, Hitzenberger (style riche) Emmerich Knoll , Pichler (style intermédiaire) et Prager (finesse et minéralité)

 

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Willy Klinger: musicien. acteur et directeur du marketing pour les vins Autrichiens(AWMB)

 

 

 

L’ASSYRTIKO

 

C’est le cépage phare de l’ile de Santorin dans les Cyclades où il donne ses meilleurs résultats sur les terroirs très pauvres de cette ile volcanique constituée majoritairement de schiste et de calcaire. Des fouilles archéologiques ont mis en évidence l’existence de la culture de la vigne dès le 17e siècle avant JC il est particulièrement susceptible aux vents forts et persistants qui balaient l’ile. Pour résister à ces vents, la liane est taillée en panier (corbeille) ou ‘nid d’oiseau’ (techniquement identifié sous le terme de gobelet en couronne) qui s’enroule sur elle-même. Les vignes peuvent avoir parfois, pour les plus vieilles, approximativement 500 ans, même si après une centaine d’années, les bois sont coupés juste au-dessus de la racine pour que la vigne se régénère. Le manque d’eau est aussi un des problèmes majeurs sur l’ile de Santorin car il pleut très peu, surtout pendant la saison de maturation du raisin. L’eau provient des embruns de mer et de la rosée du matin. Les vignes sont franches de pied et les maladies de la vigne quasi-inexistantes. On compte environ 1500 hectares de vignes sur l’ile et le vin est soit vinifié en sec ou en liquoreux.   Dans sa version la plus sèche, il peut être décrit comme tellurique tant le volcanisme est présent dans le verre et lui confère une grande minéralité. Il est parfois un peu assagi par un élevage sous bois qui lui donne de la complexité tout en lui gardant suffisamment de minéralité. Les meilleurs producteurs de vin sec sont Hatzidakis et Gaia et Sigalas pour les liquoreux que l’on désigne sous le nom de vinsanto (en un seul mot).

 

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L’ALBARIÑO

 

C’est ainsi qu’on le dénomme en Galicien car il provient d’Espagne essentiellement de Galice au nord-Ouest de l’Espagne dans la région de Rias Baixas. Il prend le nom d’alvarinho au Portugal dans la région de Vinho Verde mais seulement dans les provinces de Monção et de Melgaço. Son nom veut dire littéralement ‘vin blanc du Rhin’ et on a longtemps pensé que ce cépage était apparenté au riesling même si aujourd’hui on penche plutôt pour le savagnin. C’était  un cépage largement inconnu hors de la Galice et du Portugal jusqu'à une période récente car la région Rias Baixas n’obtint sa DO qu’en 1986. Il a la peau épaisse particulièrement résistante dans les régions humides de Rias Baixas et de Vino Verde. Malheureusement, encore beaucoup trop de vignobles sont taillés en Pergola, taille qui a tendance à produire des rendements excessifs. C’est en Galice que ce cépage s’est majoritairement développé et il donne des vins amples, parfois opulents aux arômes et saveurs de pêche, d’abricot et d’amande. Le vin a un très bon potentiel de garde car son acidité est élevée et les meilleurs producteurs élèvent maintenant leur vin en barriques. Par contre, au Portugal, les vins de ce cépage sont beaucoup plus bas en alcool avec une plus grande buvabilité même s’ils n’ont peut-être pas la profondeur de ceux de Galice. C’est une région qui va progresser dans la décennie à venir. Les meilleurs producteurs son Pazo de Senorans, Pazo de Barrantes pour Rias Baixas et Quinta de Soalheiro pour la région de Vihno Verde. On ne peut pas clore ce chapitre sans parler du cépage Godello, l’alter Ego de l’Albariño que l’on trouve dans la région de Ribeiro et de Valdeorras . Les meilleurs proviennent dans doute de la région Valdeorras (D.O) qui a été replantée en Godello dans les années 1970. On doit beaucoup à Rafael Palacios (le frère d’Alavaro) d’avoir remis ce cépage au gout du jour.

 

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LE  GARGANEGA

 

Longtemps considéré comme un cépage de 3e division car il fut, dans les années 1960/70, l’un des principaux cépages qui entraient dans la composition des Soave(s), qui ont envahi l’Europe et le dont le manque d’intérêt relevait plus   des rendements excessifs que de la qualité du cépage. C’est l’un des blancs les plus nobles des provinces italiennes de Vérone et de Vicence et il ferait partie du groupe des greci que l’on trouve autour du lac de Garde et il serait aussi identique au grecanico Dorado de Sicile. Les meilleurs vins proviennent des vignobles sur coteaux dans la région de Soave Classico. On reconnaît ce vin à ses arômes d’agrumes et de fleurs sauvages avec des notes d’amandes et d’épices L’appellation Soave aujourd’hui impose un minimum de 70% de garganega mais les grands Soaves sont parfois élaborés avec 90% voire 100% de garganega. On reconnaît un grand vin, en autre, à sa capacité de s’améliorer au fil du temps. C’est le cas des grands garganega dont le potentiel de garde peut aller jusqu’à 20 ou 30 ans pour les plus grands. Il peut aussi être vinifié en liquoreux sous le nom de Recioto. Les meilleurs producteurs sont Sandro and Claudio Gini, (un domaine en biodynamie), Pieropan et Ca’Rugate

 

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LE SEMILLON

 

C’est un cépage qui pourrait prétende à s’immiscer dans le groupe des cépages internationaux   si sa production n’était pas en déclin constant. C’est bien sûr le cépage blanc emblématique du Bordelais où il est souvent assemblé en sec avec du sauvignon et dans sa version botrytisée il produit certains des plus grands liquoreux du monde. Sa superficie en France est passée de plus de 30 000 ha au début 20e siècle, à moins de 15 000 ha en 2008. Il constituait environ 90% de l’encépagement de l’Afrique du Sud à une époque nous confirme Eben Sadie mais aujourd’hui, il est réduit à la portion congrue et occupe moins de 1% du vignoble. Pourtant, il fait, avec le chenin, les plus grands blancs sud-africains. Il suffit de goûter le Kokerboum d’Eben Sadie ou le sémillon Reserve de Vegerlegen ou encore le sémillon de Chris Alheit, un mélange de sémillon gris (75%) et de sémillon blanc (25%) pour s’en rendre compte. Il a été l’un des tous premiers cépages plantés en Australie dans la Hunter Valley en Nouvelle Galle du Sud sur des terroirs sablonneux ou il produit des vins à 10,5% 11.5% d’alcool en dépit de températures caniculaires en été. On produit aussi du sémillon (souvent assemblé à du sauvignon) dans la Margaret River en Australie-Occidentale et dans la Barossa Valley mais à des degrés d’alcool beaucoup plus élevés. Comme en France la production est en baisse car les producteurs et les clients lui préfèrent le sauvignon que l’on peut mettre sur le marché quelques mois après la vendange. Mais pour le sémillon, c’est une autre affaire car le vin est peu aimable en début de vie avec des caractéristiques cisterciennes et un côté un peu râpeux si bien que certains producteurs ne le commercialisent pas avant 5 ans de vieillissement en bouteille. Les meilleurs sémillons ont un potentiel de garde de 20 a 40 ans et ils acquière au fil du temps une grande complexité et un côté brioché et toasté. Le meilleurs producteurs en liquoreux sont château Yquem, Climens , Rieussec et Château Haut Brion et la Mission Haut Brion en blanc sec.

Les meilleurs producteurs australiens sont Tyrrell's (HVD Reserve) et McWilliam's Mount Pleasant (Lovedale) dans la Hunter Valley, Cullen dans la Margaret River et Rockford dans la Barossa Valley. On trouve aussi un peu de sémillon au Chili (aussi en déclin) et au USA dans l’état de Washington.

 

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 Mystérieuse et déroutante Hunter Valley

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