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samedi, 15 avril 2017

RANDALL GRAHM, BOONY DOON

UN ENTRETIEN AVEC RANDALL GRAHM, PROPRIETAIRE DU DOMAINE DE BONNY DOON

Une vision Française du vin matinée de modernisme Californien


Claude Gilois

 

Randall Grahm est l’un des viticulteurs les plus charismatiques et éloquents de l’industrie vitivinicole Californienne. Né en 1953 à Los Angeles, il suivit une formation à l’Université d’UC Davis où il obtint une licence en Science des Plantes. Il allait d’abord s ‘intéresser au   pinot noir avant de se concentrer sur les cépages rhodaniens ce qui lui valut le sobriquet de Rhône Ranger. C’est fervent défenseur du terroir, de la biodynamie, des capsules à vis et de l’étiquetage de vins avec la liste des ingrédients qu’ils contiennent. Il est aussi connu pour ses chroniques drôles et acérées et ses articles ont été rassemblés et publiés sous le titre de ‘Been Doon So Long : A Randall Grahm Vinthology en 2009 .

 

1/ Randall, vous êtes aujourd’hui un vigneron incontournable de Californie, pouvez-vous nous dire les différentes étapes qui vous ont permis d’arriver à ce niveau d’excellence ?

 

Je ne suis pas sûr que mon origine californienne a aidé ou handicapé ma carrière mais je dirais en fait qu’il y a des éléments qui vont dans les deux sens. D’abord, j’espère que je ne suis pas injuste vis-à-vis de mes collègues viticulteurs Californiens, mais je pense qu’ils ont un point de vue étroit et restrictif et n’ont qu’une vision parcellaire du monde du vin. La notion de vin de terroir leur échappe totalement (il en va de même pour les Américains buveurs de vins) et ils ont souvent des idées simplistes  sur ce qui constitue l’excellence ou l’individualité dans le vin. Ils s’imaginent   que la maturité extrême et la concentration sont les critères principaux de la qualité. ( !!!!). (Ce point de vue est souvent déplorablement partagé par la presse Américaine). Cela m’a pris un certain temps pour apprendre que c’était seulement moi et quelques clients aux points de vue similaires que je devais satisfaire et pas nécessairement Mr Parker.

 

J’ai eu la chance incroyable d’avoir eu une exposition précoce aux grands vins Européens qui furent les premiers vins que j’ai appris à connaître. De surcroit, j’ai eu la chance de passer beaucoup de temps en Europe avec des amis et collègues viticulteurs qui m’ont donné une vision plus étendue de ce qu’il était possible de réaliser avec une bouteille de vin de m’apercevoir  que des vins peuvent transmettre la qualité de l’endroit d’où ils proviennent. Je pense sincèrement que les seuls vins dignes d’intérêt sont ceux qui ont un sens profond d’appartenance à un lieu et ce sont ces vins qui j’aspire à faire. L’aspect positif de notre relatif manque d’histoire et de traditions vitivinicoles nous a permis une incroyable liberté et latitude dans notre façon de faire. On peut planter les cépages que l’on veut, où et comme on l’entend et cela constitue un énorme avantage si on est prêt à saisir cette chance et à expérimenter pour faire des choses en dehors des normes. Je plaisante parfois et disant que ma sensibilité esthétique est plus Européenne que Californienne, mais si je devais faire du vin en Europe, on m’aurait déjà mis en prison. Il y a trop de règles au moins en ce qui concerne les cépages et la vinification. Il n’existe pas de mécanisme d’évolution facile en Europe pour faire face au changement climatique et adapter la viticulture aux nouvelles conditions.

 

Pour revenir à l’essence de votre question, J’ai sans doute été trop intéressé par des chemins de traverse fascinants à propos des cépages et des styles de vin et cela m’a pris du temps (sans doute tRop ) pour m’installer et me concentrer sur ce qui est vraiment important. Mais quelqu’un qui s’est préparé, comme moi, pour affronter un monde du vin globalisé, aspire à produire un authentique vin de terroir.

 

2/ On vous décrit comme un artiste, un personnage atypique, comment vous qualifiez-vous ?

 

En fait cela m’a pris un peu de temps pour seulement commencer à me considérer comme un artiste, mais les résultats de nombreuses années d’observation sur moi-même ont confirmé ce diagnostic.

D’un côté, si je me comporte parfois (même souvent) comme quelqu’un qui souffre d’un trouble déficitaire de l’attention, la plupart du temps et surtout pour les choses qui me touchent, je suis un perfectionniste absolu et j’apporte aux détails un soin infini. Je me suis rendu compte que j’étais devenu complètement fanatique sur la conception et le design de l’emballage et que je rendais fou les artistes et designers avec qui je travaillais avec des corrections dans les moindres détails et des révisions de dernière minute. Même dans la vinification et les assemblages, j’étais toujours à bidouiller jusqu'à l’ultime seconde. Mais, ceci étant dit, je pense qu’en allant de l’avant, j’adopterai maintenant des pratiques différentes. Je veux être aussi attentif pour planter les bons cépages au bon endroit que de les cultiver de la manière la plus appropriée et puis adopter une attitude plus subtile, non interventionniste pour la vinification pour permettre au vin et au millésime de s’exprimer pleinement plutôt que d’essayer d’imposer mon empreinte et ma propre vision esthétique du vin. Cela demande un autre niveau de discipline et de contrôle de soi-même mais je pense que je suis prêt à lâcher la bride

Si j’essayais de me décrire moi-même, je dirais que je suis que je suis quelqu’un totalement déterminé à trouver une raison d’être dans mon travail, ce qui veut dire de toujours essayer de faire des vins qui ont quelque chose a exprimer et qui rendent le monde plus intéressant.

 

3/ Bonny Doon est situé dans la région de Santa Cruz, quelle est la situation et les particularités de cette zone pour la production de vins

 

 

Pour être précis, bien que le chai soit situé à Santa Cruz, nous achetons des raisins bien au-delà de la région en particulier dans la Central Coast, généralement au sud et l’est de Santa Cruz, à Monterey, San Luis Opispo et Santa Barbara County. En général on recherchait toujours les endroits les plus frais en termes climatiques, ce qui nous permettait de murir les raisins correctement et de faire des vins sans trop de manipulations, sans acidification et avec un des degrés alcooliques plus faible mais qui possédaient beaucoup de saveurs. A l’avenir nous allons nous diriger vers un approvisionnement à 100% avec les raisins du domaine sur notre propriété de San Juan Bautista (à environ 50 minutes de Santa Cruz). Mise à part l’initiative particulièrement ambitieuse de cultiver des cépages nouveaux, nous prévoyons de cultiver les vignes d’une manière traditionnelle et sans irrigation. La géologie unique des sols couplée à une viticulture sans irrigation et à une culture biodynamique devrait nous permettre de faire de vins d’une manière significativement plus distinctive.

 

4/ Vous avez été l’un des premiers à adapter les cépages de la vallée du Rhône en Californie, quelles similitudes et différences rencontre- t’on lors de la production ?

 

J’ai été bien sur initialement frappé pas la similarité climatique entre la Central Coast californienne et le sud de la France, particulièrement en matière de climat car les deux régions sont généralement plutôt chaudes et sèches en été. L’autre conclusion qui a m’a aussi influencé et qui m’est venue petit à petit trouve sa source dans l’observation qu’il est presque impossible de faire des monocépages (à part quelques exceptions comme Rayas) avec un climat méditerranéen. Toutes les régions de climat Méditerranéen doivent arriver essentiellement à la même conclusion : Il faut assembler des variétés différentes, l’une pour l’acidité, une autre pour les tannins et la structure et peut-être une autre pour le corps et les arômes. Il est sur que quand on assemble différentes variétés qui viennent de parcelles différentes, on a perd la capacité d’exprimer le terroir et celui-ci est plus difficile à extérioriser dans un climat chaud. Je pense qu’il est plus facile de l’exprimer dans des régions plus fraiches.

 

 

5/ Quels sont les éléments incontournables à vos yeux pour réussir un vin chez Bonny Doon ?

 

C’est une question qui peut apparaître simpliste mais qui est beaucoup plus compliquée qu’on le pense. Un vin réussi est celui qui fait plaisir au dégustateur d’une manière déroutante et qui continue à s’exprimer et se développer avec le temps. Je ne pense pas que nous élaborons des vins qui reflètent totalement le terroir mais on aspire a faire des vins qui ont une certaine vitalité capable de d’évoluer et se bonifier avec le temps. J’aime les vins sur l’équilibré et la retenue et particulièrement ceux qui sont élégants avec des saveurs et arômes envoutants. On recherche aussi à faires des vins qui ne sont pas juste des vins facile mais des vins avec un coté sombre et réservé, pas seulement des vin de soleil mais aussi des vins d’ombre. J’espère ne pas être trop mystérieux dans mes propos.

 

Vins distribués en France par Valade & Transandine

 

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